‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 268 sur 566 · ACOMAT , OSMIN · texte numérisé non relu

ACOMAT , OSMIN

ACOMAT

Viens, suis-moi. La sultane en ce lieu se doit rendre : Je pourrai cependant te parler et t'entendre.

OSMIN

Et depuis quand , seigneur, entre-t-in dans ces lieux Dont l'accès était môme interdit à nos yeux ? Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.

ACOMAT

Quand tu seras instruit de tout ce cpii se passe , Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus. Mais laissons, cher Osmin , les discours superflus.

Que ton retour tardait à mon impatience ! Et que d'un œil content je te vois dans Byzance ! Instruis-moi des secrets que peut t'avoir appris Un voyage si long , pour moi seul entrepris. De ce qu'ont vu tes yeux parle en témoin sincère ;

330 DAJAZET.

Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire Dépendent les destins de l'empire ottoman Qu'as-tu vu dans l'armée ? et que lait le sultan?

OSUIN.

Babylone , seigneur, à son prince fidèle , Voyait sans s'étonner notre armée autour délie; Les Persans rassemblés marchaient à son secours , Et du camp d'Amurat s'approchaient tous les jours. Lui-même, fatigué d'un long siège mutile. Semblait vouloir laisser Babylone tranquille; Et, sans renouveler ses assauts impuissants, Résolu de combattre, attendait les Persans. Mais , comme vous savez , malgré ma diUgence , Un long chemin sépare et le camp et Byzance ; Mille obstacles divers m'ont même traversé ; Et je puis ignorer tout ce qui s'est passé.

ACOM\T.

Que faisaient cependant nos braves janissaires? Rendent-ils au sultan des nommages sincères? Dans le secret des cœurs, Osmin , n'as-tu rien lu? Amurat jouit-il d'un pouvoir absolu?

OSMIN

Amurat est content, si nous le voulons croire,

Et semblait se promettre une heureuse victoire.

Mais en vain par ce calme il croit nous éblomr,

Il affecte un repos dont il ne peut jouir.

C'est en vain que, forçant ses soupçons ordinaires.

Il se rend accessible à tous les janissaires :

n se souvient toujours que son inimitié

Voulut de ce grand corps retrancher la moitié,

Lorsque, pour affermir sa puissance nouvelle,

11 voulait , disait-il , sortir de leur tutelle.

Moi-même j'ai souvent entendu leurs discours ;

Comme il les craint sans cesse , ils le craignent toujours;

Ses caresses n'ont point effacé cette injure.

Votre absence est pour eux un sujet de murmure :

ns regrettent le temps à leur grand cœur si doux ,

Lorsi^eassurésde vaincre Us combattaient sous vous.

ACOMAT

Quoi! tu crois, cher Osmin , que ma gloire passée Flatte encor leur'valeur, et \it dans leur pensée ?

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