‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 273 sur 566 · ACTE I, SCENE HI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE HI

MadamePHàtez-vousd'achever votre ouvrage. nos

Vous avez du vùir euteodu le langage ; ' '

Bajazet vous est cher -. savez-vous si demain ! '

Sa liberté , ses jours , seront en votre main ?

Peut-être en ce moment Amurat en furie

S'approche pour trancher une si belle vie. * - - -

Et pourquoi de son cœur doutez-vous aujourd'hui ? sUp!^ (kï

ROXANE. '-'■ ■"!> Xinïlfl-»''

Mais m'en répondez- vous, vous qui pariez pour litf?-''^' "■'■um

ATALISE. " ^ w . .

Quoi , madame ! les soins qu'il a pris pour vous plaire ; Ce que vous avez fait , ce que vous pouvez faire , Ses périls , ses respects , et surtout vos appas , Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas ? Croyez que vos bontés vivent dans sa mémoire.

ROXA.NE.

Hélas ! pour mon repos que ne le puis-jB croire î

Pourquoi faut-il au moins que , pour me consoler,

L'ingrat ne parle pas comme on le fait parler !

Vhigt fois , sur vos discours pleine de confiance , • . u 1 < ^ ^' -

Du trouble de son cœur jouissant par avance , ' ^^ iio7 9286^ 3 ;•

Moi-même j'ai voulu m'assurer de sa foi ,

Et l'ai fait en secret amener devant moi. »«-'»* ^^ -^ ''

Peut-être trop d'amour me rend trop difficile : * ""

Mais , sans vous fatiguer d'un récit inutile ,

Je ne retrouvais point ce trouble , cette ardeu.',

Que m'avait tant promis un discours trop tlatteur

Enfin, si je lui donne et la vie et l'empire , <''■ i-' "' '■

Ces gages incertains ne me peuvent suffire. a'joovoi î'

ATALroE.

Quoi donc! à son amour qu'allez- vous proposer?

ROXANE

S'il m'aime , dès ce jour il me doit épouser.

ATALmE.

Vous épouser! 0 ciel! que pré tendez- vous faire?

ROXANE

Je sais que des sultans l'usage m'est contraire ; Je sais qu'ils se sont fait une superbe loi e ne point à l'hymen assujettir leur foi. Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse, Ils daignent quelquefois choisir une maîtresse :

338 BAJAZET

Mais , toujours inquiète avec tous ses appas ,

Esclave , elle reçoit son maître dans ses bras ;

Et, sans sortir du joug où leur toi la condamne ,

n ftiut qu'un fiis naissant la déclare sultane.

Amurat plus ardent , et seul jusqu'à ce jour,

A voulu que l'on dût ce titre à son amour.

J'en reçus la puissance aussi bien que le titre ;

Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre.

Mais ce même Amurat ne me promit jamais

Que l'hymen dût un jour couronner ses bienfaits :

Et moi , qui n'aspirais qu'à cette seule gloire , ijiûui floM

De ses autres bienfaits j'ai perdu la mémoire.

Toutefois que sert-il de me justifier ? "sni ,8ifiW

Bajazet , il est vrai , m'a tout fait oublier :

Malgré tous ses malheurs , plus heureux que son frère ,

Il m'a plu , sans peut-être aspirer à me plaire ;

Femmes , gardes , vizir, pour lui j'ai tout séduit ;

En un mot, vous voyez jusqu'où je l'ai conduit.

Grâces à mon amour , je me suis bien servie

Du pouvoir qu' Amurat me donna sur sa vie.

Bajazet touche presque au trône des sultans :

Il ne faut plus qu'un pas ; mais c'est où je l'attends.

Malgré tout mon amour, si dans cette journée

Il ne m'attache à lui par un juste hyménée ;

S'il ose m'alléguer une odieuse loi -,

Quand je fais tout pour lui , s'il ne fait tout pour moi ;

Dès le même moment , sans songer si je l'aime ,

Sans consulter enfin si je me perds moi-même ,

J'abandonne l'ingrat , et le laisse rentrer

Dans l'état malheureux d'où je l'ai su tirer.

Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce :

Sa perte ou son salut dépend de sa réponse.

Je ne vous presse point de vouloir aujourd'hui

Me prêter votre voix pour m'expliquer à lui :

Je veux que , devant moi , sa bouche et son visage

Me découvrent son cœur, sans me laisser d'ombrage;

Que lui-môme, en secret, amené dans ces lieux.

Sans être préi)aré se présente à mes yeux.

Adieu. Vous saurez toiit après cette entrevue.

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