‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 274 sur 566 · ATALIDE, ZAÏRE · texte numérisé non relu

ATALIDE, ZAÏRE

Zaïre, c'en est fait, Atalide est perdue.

ZAÏRE

Vous?

Je prévois déjà tout ce qu'il faut prévoir. ' '

Mon unique espérance est dans mon désespoir.

ZAÏttE .

Mais, madame, pourquoi?

Si tu venais d'entendre Quel funeste dessein Roxane vient de prendre. Quelles conditions elle veut imposer !

Bajazet doit périr, dit-elle, ou l'épouser. S'il se rend, que deviens-je en ce malheur extrême? Et, s'il ne se rend pas, que devient-il lui-même?

Je conçois ce malheur. Mais, à ne point mentir. Votre amour, dès longtemps, a dû le pressentir.

Ah , Zaïre ! l'amour a-t-il tant de prudence? Tout semblait avec nous être d'intelligence ; Roxane, se livrant tout entière à ma foi. Du cœur de Bajazet se reposait sur moi, M'abandonnait le soin de tout ce qui le touche. Le voyait par mes yeux, lui parlait par ma bouche; Et je croyais toucher au bienlieureux moment Où j'allais par ses mains couronner mon amant. Le ciel s'est déclaré contre mon artifice. Et que fallait-il donc, Zaïre , que je fisse? A l'erreur de Roxane ai-je dû m'opposer. Et perdre mon amant pour la désabuser?

Avant que dans son cœur cette amour fût formée, J'aimais, et je pouvais m' assurer d'être aimée. Dès nos plus jeunes ans, tu t'en souviens assez , L'amour serra les nœuds par le sang commencés. Elevée avec lui dans le sein de sa mère,

3iOr?; BAJAZET. ,

J'appris à distinguer Bajazet de son frère; Klle-même, avec joie, "nit nos volonWs : '"''^^^ •> «n^' Et, quoique après sa mort l'un de l'autre écartés, Conservant, sans nous voir, le désir de nous plaire. Nous avons su toujours nous aimer et nous taire. Roxane, qui depuis, loin de s'en défier, A ses desseins secrets voulut m'associer, Ne put voir sans amour ce héros trop aimable : Elle courut lui tendre une main favorable. Bajazet étonné rendit grâce à ses soins. Lui rendit des respects. Pouvait-il faire moins ? Mais qu'aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite! De ses moindres respects Roxane satisfaite Nous engagea tous deux, par sa facilité, A la laisser jouir de sa crédulité. "-* ■•'"- '

Zaïre, il faut pourtant avouer ma faiblesse; ' '*'*'^ si» 1.Ï

D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse. Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits. Opposait un empire à mes faibles attraits ; Mille soins-la rendaient présente à sa mémoire ; Elle l'entretenait de sa prochaine gloire : Et moi, je ne puis rien; mon cœur, pour tout discours, N'avait que des soupirs qu'il répétait toujours. Le ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes. Mais enfin Bajazet dissipa mes alarme.s : Je condamnai mes pleurs, et jusques aujourd'liui Je l'ai pressé de feindre, et j'ai parlé pour lui. Hélas ! tout est fini ; Roxane méprisée Bientôt de son erreur sera désabusée. . Car enfin Bajazet ne sait point se cacher : Je connais sa vertu prompte à s'etîarouclier ; n faut qu'à tous moments, tremblante et sccourable, '• 'T Je donne à ses discours un sens plus favorable. Bajazet va se perdre. Ah ! si, comme auti-cfois. Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix ! Au moins, si j'avais pu préparer son visage ! Mais, Zaïre, je puis l'attendre à son passage ; D'un mot ou d'un regard je puis le secourir. Qu'il l'épouse, en un mot, plutôt que de périr. •■,e i,uin; t Si Roxane le veut, sans doute il faut qu'il raeure.ili 3hi;*>'l Il se perdra, te dis-je. Atalide, dcmeurefî'tsiJi ,uh97 aiJoV

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