‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 282 sur 566 · AT.U.IDE · texte numérisé non relu

AT.U.IDE

^ Je le veux. Je me suis consultée.

De mille soins jaloux jusqu'alors agitée , n est vrai , je n'ai pu concevoir sans effroi Que Bajazet pût vi^Te et n'être plus à moi; Et lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentais l'image douloureuse , Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants) Ne me paraissait pas le plus grand des tourments , Mais à mes tristes yeux votre mort préparée

350 BAJAZET

Dans toute son horreur ne s'était pas montrée:

Je ne vous voyais pas , ainsi que je vous vois ,

Prêt à me dire adieu pour la dernière fois.

Sei-neur, je sais trop bien avec quelle constance

Vous allez de la mort affronter la F<5sence;

Je sais que votre cœur se fait quelques plaisirs

De me prouver sa foi dans ses derniers soupirs :

Mais, hélas! épargnez une âme Pl^s timide;

Mesurez vos malheurs aux forces d'AtaUde ,

Tne m'exposez point aux plu-ives douceur. ...-^M

Qui jamais d'une amante épuisèrent les pleurs.

BAJAZET

Et que deviendrez-vous , si , dès cette journée, Je célèbre à vos yeux ce funeste hyménée?

ATAUDE.

Ne vous informez point ce que je deviendrai. Peut-être à mon destin , seigneur, j obéirai. Que sSe? à ma douleur je chercherai des charme.-. Îe songerai peut-être , au milieu cle«ies larmes , Qu'à vous perdre pour moi vous étiez résolu Que vous vivez, qu'enfin c'est moi qui l'ai voulu.

BAJAZET

Non , vous ne verrez point cette fête cruelle Plus vous me commandez de vous être mfidèle. Madame, plus je vois combien vous méritez De ne point obtenir ce que vous souhaitez. QuoHc^t amour si tendre, et né dans notre enfance, Dont les feux avec nous ont crû dans le silence -, Vos larmes, que ma main pouvait seule arrêer; Mes serments redoublés de ne vous pomt quitter . Tout cela finirait par une perfidie?

J'épouserais, et qui? s'il faut que je le die, Une esclave attachée à ses seuls intérêts , Qui présente à mes yeux les supphces tout pré s , Qui m'offre ou son hymen , ou la mort infaillible , Tandis qu'à mes périls Atalide sensible , Et trop digne du sang qui lui donna le jour, Veut me sacrifier jusques à son amour?

Ah' qu'au jaloux sultan ma tête soit portée, Puisqu'il faut à ce prix qu'elle soit rachetée.

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