ACTE U, SCÈNE V
ATXLrDE .
Seigneur, vous pourriez vivre, et ne me point trahir.
BAJAZET
Parlez. Si je le puis , je suis prêt d'obéir.
La sultane vous aime -. et, malgré sa colère, Si vous preniez , seigneur, plus de soin de lui plaire ; Si vos soupirs daignaient lui faire pressentir Qu'un jour...
«noatq ; bajazet.
Je vous entends : je n'y puis consentir. Ne vous figurez point que, dans cette journée, D'un lâche désespoir ma vertu consternée Craigne les soins d'un trône où je pourrais monter, Et par un prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-être une imprudente audace : Mais , sans cesse occuiié des grands noms de ma race , J'espérais que, fuyant un indigne repos, Je prendrais quelque place entre tant de héros. Mais, quelque ambition, quelque amour qui me brAlc, Je ne puis plus tromper une amante crédule. En vain, pour me sauver, je vous l'aurais promis : Et ma bouche et mes yeux, du mensonge ennemis , Peut-être , dans le temps que je voudrais lui plaire , Feraient par leur désordre un effet tout contraire; Et de mes froids soupirs ses regards offensés Verraient trop que mon cœur ne les a point poussés. O ciel ! combien de fois je l'aurais éclaircie , Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ; Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous ! Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse ? Je me parjurerais? et, par cette bassesse... Ah ! loin de m'ordonner cet indigne détour, Si votre cœur était moins plein de son amour. Je vous verrais , sans doute , en rougir la première Mais , pour vous épargner une injuste prière , Adieu , je vais trouver Roxane de ce pas ; Et je vous quitte.
Et moi , je ne vous quitte pa*.
Venez, cruel, venez, je vais voûsyconJuifël Et (le tous nos secrets c'est moi qui veux l'instniire. Puisque, malgré mes pleurs," mon amant furieux Se fait tant de plaisir d'expirer à mes yeux, Roxane, malgré vous, nous joindra l'un et l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre ; Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.
BAJAZET
O ciel ! que faites- vous ? igrr anoL '
ATALmE.
Cruel ! pouvez- vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire ? Pensez- vous que cent fois , en vous faisant parler, Ma rougeur ne fut pas prête à me déceler? Mais on me présentait votre perte prochaine. Pourquoi faut-il, ingrat, quaud la mienne est certaine Que vous n'osiez pour moi ce que j'osais pour vous ? Peut-être il suffira d'un mot un peu plus doux : Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même , vous voyez le temps qu'elle vous donne : A-t-elle , en vous quittant , fait sortir le vizir ? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir? Enfin , dans sa fureur implorant mon adresse , Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse ? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez, seigneur, sauvez votre vie et la mienne.
BAJAZET
Eli bien... Mais quels discours faut-il que je lui tienne I
ATALmE.
Ah ! daignez sur ce choix ne me point consulter. L'( ccasion, le ciel pourra vous les dicter. Allez : entre elle et vous je ne dois point paraître ; Votre trouble ou le mien nous ferait recoimîdtre. Allez : encore un coup , je n'ose m'y trouver : Dites... tout ce qu'il faut, seigneur, pour vous sauver.