‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 29 sur 566 · CREO.X · texte numérisé non relu

CREO.X

L'mtérêt des Tliébains n'est pas ce qui vous touche , Dédaigneuse princesse ; et cette âme farouche , Qui semble me flatter après tant de mépris, Songe moins à la paix qu'au retour de mon fils. Mais nous verrons bientôt si la fière Antigone Aussi bien que mon cœur dédaignera le trône ; Nous verrons, quand les dieux m'auront fait votre roi, Si ce fils bienheureux l'emportera sur moi.

Eh ! qui n'admirerait un changement si rare.' Créon môme , Créon pour la paix se déclare !

CRÉO.N.

Tu crois donc que la paLx est l'objet de mes soins .^

Oui , je le crois , seigneur, quand j'y pensais le moins ;

BACLNE. ^

Et, voyant qu'en effet ce beau soin vous anime, J'admire à tout moment cet effort magnanime Qui vous fait mettre enfin votre iiaine au tombeau Ménécée , en mourant , n'a rien fait de plus beau. Et qui peut immoler sa haine à sa patrie Lui pourrait bien aussi sacrifier sa vie.

CRÉON

Ali ! sans doute , qui peut , d'un généreux elTort , Aimer son ennemi , peut bien aimer la mort. Quoi ! je négligerais le soin de ma vengeance , Et de mou ennemi je prendrais la défense ! De la mort de mon fils Polynice est l'auteur, Et moi je deviendrais son lâche protecteur ! Quand je renoncerais à cette haine extrême , Pourrais-je bien cesser d'aimer le diadème ? Non , non -, tu me verras d'une constante ardeur Haïr mes ennemis , et chérir ma grandeur. Le trône fit toujours mes ardeurs les plus chères : Je rougis d'obéir où régnèrent mes pères : Je brûle de me voir au rang de mes aïeux , Et je l'envisageai dès que j'ouviis les yeux. Surtout depuis deux ans ce noble soin m'inspire ; Je ne fais point de pas (jul ne tende à l'empire , Des princes mes neveux j'entretiens la fureur, Et mon ambition autorise la leur.

D'Étéocle d'abord j'appuyai l'injustice ; Je lui fis refuser le trône à Polynice. ïu sais que je pensais dès lors à m'y placer; Et je l'y mis , Attale , afin de l'en chasser.

Mais , seigneur, si la guerre eut pour vous tant de chaimes , D'où vient que de leurs mains vous arrachez les armes ? Et, puisque leur discorde est l'objet de vos vœux , Pourquoi , par vos conseils , vont-ils se voir tous deux ?

CRÉON

Plus qu'à mes ennemis la guerre m'est mortelle , Et le courroux du ciel me la rend trop cruelle : 11 B'arme contre moi de mon propre dessein ; Il se sert de mon bras pour me jMîrcer le sein. La guerre s'allumait , lorsque , pour mon supplice , Hémon m'abandonna pour servir Polynice ;

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