‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 30 sur 566 · ACTE m , SCÈ.\E YI · texte numérisé non relu

ACTE m , SCÈ.\E YI

Les deux frères par moi devinrent ennemis ;

Et je devins, Attale, ennemi de mon fils.

Enfin , ce même jour , je fais rompre la trôve ,

J'excite le soldat , tout le camp se soulève ,

On se bat ; et voilà qu'un fils désespéré

Meurt , et rompt un combat que j'ai tant préparé. ,m,0Q |aj

Mais il me reste un fils ; et je sens que je l'aime

Tout rebelle qu'il est , et tout mon rival même :

Sans le perdre , je veux perdre mes ennemis.

Il m'en coûterait trop , s'il m'en coûtait deux fils.

Des deux princes , d'ailleurs, la liaine est trop puissante ••

Ne crois pas qu'à la paix jamais elle consente.

Moi-même je saurai si bien l'envenimer.

Qu'ils i>ériront tous deux plutôt que de s'aimer.

Les autres ennemis n'ont que de courtes haines ;

Mais quand de la nature on a brisé les chaînes ,

Cher Attale , il n'est rien qui puisse réunir

Ceux que des nœuds si forts n'ont pas su retenir -.

L'on hait avec excès lorsque l'on hait un frère.

Mais leur éloignement ralentit leur colère :

Quelque haine qu'on ait contre un fier ennemi ,

Quand il est loin de nous , on la perd à demi.

Ne t'étonne donc plus si je veux qu'ils se voient :

Je veux qu'en se voyant leurs fureurs se déploient ;

Que rappelant leur haine , au lieu de la chasser,

Ils s'étouiTent , Attale , en voulant s'embrasser.

Vous n'avez plus, seigneur, à craindre que vous-même : On porte ses remords avec le diadème.

aiÉON.

Quand on est sur le trône on a bien d'autres soins , Et les remords sont ceux qui nous pèsent le moins. Du plaisir de régner une âme possédée De tout le temps passé détourne son idée ; Et de tout autre objet un esprit éloigné Croit n'avoir point vécu tant qu'il n'a point régné. ,. ,

Mais allons. Le remords n'est pas ee qui me touche , . '.

Et je n'ai plus un cœur que le crime efi'arouche : ./,.

Tous les premiers forfaits coulent quelques efforts -. * ■

Mais , Attale , oa commet les seconds sans remords .

4CÎ.f&,ÛUATRIÈME.

tniqme'î tilt.tiop SCÈNE I.

.'Mil m/ ,9ii!CrlÉtrÉ0CLE, CRÉON.

ÉTÉOCLE

Oui , Créon, c'est ici qu'il doit bientôt se rendre ; Et tous deux en ce lieu nous le pouvons attendre. Nous verrons ce qu'il veut : mais je répondrais bien Que par cette entrevue on n'avancera rien. Je connais Polynice et son humeur altière ; Je sais bien que sa haine est encor tout entière ; Je ne crois pas qu'on puisse en arrêter le cours ; Et pour moi , je sens bien que je le hais toujours.

CRÉON

Mais s'il vous cède enfin la grandeur souveraiœ , Vous devez, ce me semble, apaiser votre haine.

ÉTÉOCLE

Je ne sais si mon cœur s'apaisera jamais :

Ce n'est pas son orgeuil , c'est lui seul que je hais.

Nous avons l'un et l'autre une haine obstinée :

Elle n'est pas , Créon , l'ouvrage d'une année ;

Elle est née avec nous-, et sa noire fureur

Aussitôt que la vie entra dans notre cœur.

Nous étions ennemis dès la plus tendre enfance ;

Que dis-je ! nous l'étions avant notre naissance :

Triste et fatal effet d'un sang incestueux !

Pendant qu'un même sein nous renfermait tous deux ,

Dans les flancs de ma mère une guerre intestine

De nos divisions lui marqua l'orighie.

Elles ont , tu le sais , paru dans le berceau ,

Et nous suivront peut-être encor dans le tombeau.

Ou dirait que le ciel , par un arrêt funeste ,

Voulut de nos parents punir ainsi l'inceste ;

Et que dans notre sang il voulut mettre au jour

Tout ce qu'ont de plus noir et la haine et l'amour.

Et maintcnî^nt , Créon que j'attends sa venue ,

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