‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 302 sur 566 · ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

ACOMAT, OSMIN

ACOMAT

Demeure. 11 n'est pas lernps , cher Osmin , que je sorte.

372 DAJAZET.

OSMI.V.

Quoi! jusque-là, seigneur, votre amour vous transporte? N'avez-voiis pas poussé la'vengeance assez loin? Voulez- vous de sa mort ôtre encor le témoin ?

ACOMAT

Que veux-tu dire ? Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule ? Moi, jaloux? Plût au ciel qu'en me manquant de foi L'imprudent Baja/et n'eût offensé que moi !

OSMIN

Et pourquoi donc, seigneur, au lieu de le défendre...

ACOMAT

Eli ! la sultane est-elle en état de m'entendre ? Ne voyais-tu pas bien , quand je l'aJlais trouver, Que j'allais avec lui me perdre , ou me sauver ? Ali ! de tant de conseils événement sinistre ! Prince aveugle 1 Ou plutôt trop aveugle ministre , n te sied bien d'avoir en de si jeunes mains , Chargé d'ans et d'honneurs , confié tes desseins, Et laissé d'un vizir la fortune flottante Suivre de ces amants la conduite imprudente !

OSMIN

Fié ! laissez-les entre eux exercer leur courroux : lîajazet veut périr ; seigneur, songez à vous. Qui peut de vos desseins révéler le mystère , Sinon quelques amis engagés à se taire ? N ous verrez par sa mort le sultan adouci.

ACOMAT

Koxane en sa fureur peut raisonner ainsi :

Mais moi qui vois plus loin ; qui , par un long usage,

Des maximes du trône ai fait l'apprentissage ;

Qui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans.

Ai vu de mes pareils les malheurs éclatants ;

Je sais , sans me flatter, que de sa seule audace

Un homme tel que moi doit attendre sa grâce ,

Et qu'une mort sanglante est l'unique traité

Qui reste entre l'esclave et le maître irrité.

OSMIP».

Fuye? donc.

ACOMAT

J'approuvais tantôt cette pensée ,

Page 1