JOCASTE , ÉTÉOCLE , POLYMCE , ANTIGONE , HÉMON , CRÉON
JOCASTE
Me voici donc tantôt au comble de mes vœux , Puisque déjà le ciel vous rassemble tous deux. Vous revoyez un frère , après deux ans d'absence , Dans ce même palais où vous prîtes naissance : Et moi , par un bonheur ofi je n'osais penser, L'un et l'autre à la fois je vous puis embrasser. Commencez donc , mes fils , cette union si chère ; Et que chacun de vous reconnaisse son frère : Tous deux dans votre frère envisagez vos traits; Mais, pour en mieux juger, voyez-les de plus près ; Surtout que le sang parle et fasse son office. Approchez, Étéocle; avancez, Polynice...
Hé quoi ! loin d'approcher, vous reculez tous deux ! D'où vient ce sombre accueil et ces regards (iVcheux ? N'est-ce point que chacun , d'une âme irrésolue , Pour saluer son frère attend qu'il le salue ; Et qu'affectant l'honneur de céder le dernier, L'un ni l'autre ne veut s'embrasser le premier ? Étrange ambition qui n'aspire qu'au crime , Oùle plus furieux passe pour magnanime ! Le vainqueur doit rougir en ce combat honteux ; Et les premiers vaincus sont les plus généreux. Voyons donc qui des deux aura plus de courage , Qui voudra le premier triompher de sa rage... Quoi ! vous n'en faites rien ! C'est à vous d'avancer,