‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 331 sur 566 · SCÈNE rv · texte numérisé non relu

SCÈNE rv

MITHRID.\TE, MONDIE.

MITHRIDATE

Madame, enfin le ciel près de vous me rappelle, Et , secondant du moins mes plus tendres souhaits Vous rend à mon amour plus belle que jamais.

404 MITHRIDATE

Je ne m'attendais pas que de notre liyménée '> smofl $i3\

Je dasse voir si tard arriver la journée ,

Ni qu'en vous retrouvant , nmn funeste retour

Fit voir mon infortune , et non pas mon amour.

C'est pourtant cet amour qui , de tant de retraites ,

Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes ;

Et les plus grands malheurs pourront me sembler doux ^

Si ma présence ici n'en est point un pour vous.

C'est vous en dire assez , si vous voulez m'ente ndre.

Vous devez à ce jour dès longtemps vous attendre;

Et vous portez , madame , un gage de ma foi ,

Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.

Allons donc assurer cette foi mutuelle.

Ma gloire , loin d'ici , vous et moi nous appelle ;

Et , sans perdre un moment pour ce noble dessein ,

Aujourd'hui votre époux , il faut partir demain.

MONIUE.

Seigneur, vous pouvez tout : ceux par qui je respire Vous ont cédé sur moi leur souverain empire ; Et, quand vous userez de ce droit tout-puissant , Je ne vous répondrai qu'en vous obéissant.

MITHRIDATE

Ainsi , prête à suMr un joug qui vous opprime , Vous n'allez à l'autel que comme une victime ; Et moi , tyran d'un coeur qui se refuse au mien , Môme en vous possédant je ne vous devrai rien. Ah, madame! est-ce là de quoi me satisfaire ? Faut-il que désormais , renonçant à vous plaire, Je ne prétende plus qu'à vous tjTanniser? Mes malheurs, en un mot, me font-ils mépriser? Ah ! pour tenter encor de nouvelles conquêtes Quand je ne verrais pas des routes toutes prêtes , Quand le sort ennemi' m'aurait jeté plus bas , Vaincu , persécuté , sans secours , sans États , Errant de mers en mers , et moins roi que pirate , Conservant pour tous biens le nom de Mithridate , Apprenez que, suivi d'un nom si glorieux , Partout de l'univers j'attacherais les yeux ; Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de l'être^ Qui , sur le trône assis, n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloiiv^ un naufrage élevé, .

Page 1