‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 35 sur 566 · ACTE rv',' scÈiNÈ m · texte numérisé non relu

ACTE rv',' scÈiNÈ m

Oui , cruel , et c'est là le dessein qui m'amène ; Moi-même à ce combat j'ai voulu t'appeler : A tout autre qu'à toi je craignais d'en parler ; Tout autre aurait voulu condamner ma pensée, Et personne en ces lieux ne te l'eût annoncée. Je te l'annonce donc. C'est à toi de prouver Si ce que tu ravis tu le sais conserver. Montre-toi digne enfin d'une si belle prwe.

ÉTTÉOCLE.

J'accepte ton dessein , et l'accepte avec joie ; Créon sait là-dessus quel était mon désir : J'eusse accepté le trône avec moins de plaisir. Je te crois maintenant digne du diadème; Je te le vais porter au bout de ce fer m^e.

JOCASTE

Hâtez-vous donc , cruels , de me percer le sein , " Et commencez par moi votre horrible dessein : Ne considérez point que je suis votre mère ; Considérez en moi celle de votre frère. Si de votre ennemi vous recherchez le sang', Recherchez-en la source en ce malheureux flanc : Je suis de tous les deux la commune ennemie , Puisque votre ennemi reçut de moi la vie ; Cet ennemi, sans moi ne verrait pas le jour. S'il meurt , ne faut-il pas que je meure à mon tour » N'en doutez point , sa mort me doit être commune; n faut en donner deux , ou n'en donner pas une ; Et , sans être ni doux ni cruel à demi , n faut me perdre , oh bien sauver votre ennemi. Si la vertu vous plaît , si llionneur vous anime , Barbares, rougissez de commettre un tel crime : Ou si le crime , enfin , vous plaît tant à chacun , Barbares, rougissez de n'en commettre qu'un. Aussi bien ce n'est point que l'amour vous retienne Si vous sauvez ma vie en poursuivant la sienne : Vous vous garderiez bien , cruels , de m'épargner . Si je vous empêchais un moment de régner. Polynice , est-ce dnsi que l'on traite une mère?

POLYNICE

J'épargne mon pays.

JOCASTE

Et vous tuez un frère ! 'd.

46 LES FRÈRES ENXEMS.

POLYNICE

Je punis un méchant.

JOCASTE

Et sa mort aujourd'hui Vous rendra plus coupable et plus méchant que lui.

POLYNICE

Faut-il que de ma main je couronne ce traître , Et que de cour en cour j'aille chercher un maître ; Qu'errant et vagabond je quitte mes États , Pour observer des lois qu'il ne respecte pas ? De ses propres forfaits serai-je la victime ? Le diadème est-il le partage du crune?

Quel droit ou quel devoir n'a-t-il point violé? Et cependant il règne, et je suis exilé !

JOCASTE

Mais si le roi d'Argos vous cède une couronne...

POLYNICE

Dois-je chercher ailleurs ce que le sang me donne? En m'alliant chez lui n'aurai-je rien porté? Et tiendrai-je mon rang de sa seule bonté ? D'un trône qui m'est dû faut-il que l'on me chasse , Et d'un prince étranger que je brigue la place ? Non, non-, sans m'abaisser à lui faire la cour, Je veux devoir le sceptre à qui je dois le jour.

JOCASTE

Qu'on le tienne, mon fils, d'un beau-père ou d'un père, La main de tous les deux vous sera toujours chère.

POLYNICE

Non , non ; la différence est trop grande pour moi ;

L'un me ferait esclave , et l'autre me fait roi.

Quoi ! ma grandeur serait l'ouvrage d'une femme I

D'un éclat si honteux je rougirais dans i'àme.

Le trône , sans l'amour, me serait donc fermé ?

Je ne régnerais pas si l'on ne m'eilt aimé ?

Je veux m'ouvrir le trône , ou jamais n'y paraître ;

Et quand j'y monterai , j'y veux monter en maître ;

Que le peuple à moi seul soit forcé d'obéir ;

Et qu'il me soit permis de m'en faire haïr,-- 'Am MA boM

Enfin , de ma grandeur je veux être l'arbitre ,

N'être point roi , madame , ou l'être à juste titre ;

Que le sang me couronne ; ou , s'il ne suffit pas ,

Je veux à son secours n'appeler que mon bras. ,, moq s (i

Page 1