‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 362 sur 566 · AGAMEMNON, ACHILLE , ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ACHILLE , ULYSSE

■ ACAMKMNON.

Quoi ! seigneur, se peut-il que d'un cours si rapide La victoire vous ait ramené dans l'Aulide ? D'un courage naissant sont-ce là les essais ? Quels triomphes siiivront de si nobles succès ! La Thessalie entière, ou vaincue ou calmée, Lesbos même conquise en attendant l'armée , De toute autre valeur étemels Monuments , Ne sont d'Achille oisif que les amusements.

ACHILLE

Seigneur, honorez moins une feible conquête •. Et que puisse bientôt le ciel qui nous arrête Ouvrir un champ plus noble à ce cœur excite Par le prix glorieux dont vous l'avez flatté ! Mais cependant, seigneur, que faut-il que je croie D'un bruit qui me surprend et me comble de joie? Daignez-vous avancer le succès de mes vœux ? Et bientôt des mortels suis-je le plus heureux? On dit qu'Iphigénie, en ces lieux amenée , Doit bientôt à son sort unir ma destinée.

AGAMEMKÔN.

Ma fille ? Qui vous dit qu'on la doit amener ?

ACHILLE

Seigneur, qu'a donc ce bruit qui vous doive étonner?

AC.VMEMiSOîi, à Llysse.

.Tuste ciel ! saurait-il mou funeste artifice?

l'LYSSE.

Sjigneur, Agamemnon s'étonne avec justice. Songez-vous aux malheurs qui nous menacent tous.' O ciel ! pour un hymen quel temps choisissez-vous ? Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et consume l'armée; Tandis que , pour fléchir l'inclémence des dieux, 11 faut du sang peut-être , et du plus précieux , Achille seul , Acliille à son amour s'applique ! ■\'oudrait-il insulter à la crainte publique , Et que le chef des Grecs , irritant les destins ,

4'i8 IPHIGENIE.

Préparât d'un liytneii la pompe et les /eslius ?

Ah } seigneur, est-ce ainsi qne votre âme attendrie

Plaint le mallieur des Grecs , et chérit la patrie ?

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effets feront foi t- ■ "'■~

Qui la chérit le plus ou d'Ulysse ou de moi :

Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle ;

Vous pouvez à loisir faire des vœux pour eUe.

Remplissez les autels d'offrandes et de sang ,

Des victimes vous-même interrogez le flanc ,

Du silence des vents demandez-leur la cause : >

Mais moi , qui de ce soin sur Calchas me repose ,/v>^ ^

Souffrez , seigneur, souffrez que je coure hâter

Un hymen dont les dieux ne sauraient s'irriter.

Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive ,

Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive :

J'aurais trop de regret si quelque autre guerrier

Au rivage troyen descendait le premier.

AGAMEM.NON.

O ciel, pourquoi faut-il que ta secrète envie Ferme à de tels héros le chemin de l'Asie ? N'aurai-je vu briller cette noble chaleur Que pour m'en retourner avec plus de douleur ?

i. ;. >. -V- "■''ULYSSE.

Dieux? qu'est-ce que j'entends?

ACUILLE.

Seigneur, qu'osez- vous dirc^

AGAME5IN0N

Qu'il faut, princes, qu'il faut que chacun se retire ; Que, d'im crédule espoir trop longtemps abusés , Nous attendons les vents qui nous sont refusés. Le ciel protège Troie ; et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages.

ACHILLE

Quels présages affreux nous marquent son courroux ?

ACAMEMNON.

Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. Que sert de se flatter? on sait qu'à votre tête Les dieux ont d'ilion attaché la conquête : Mais on sait que , pour prix d'ijn triomphe si beau , Ils ont aux cliamps troyens marqué votre tombeau;

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