ACTE I, SCÈNE II
Que votre vie, ailleurs et longue et fortunée , Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.
ACHILLE
Ainsi pour yous venger tant de rois assemblés D'un opprobre éternel retourneront comblés ! Et Paris, couronnant son insolente flamme, Retiendra sans péril la sœur de votre femme !
AGAMEUNON.
Hé quoi ! votre valeur qui nous a devancés N'a-t-elle pas pris soin de nous venger assez? Les malheurs de Lesbos par vos mains ravagée Epouvantent encor toute la mer Egée :
Troie en a va la flamme ; et jusque dans ses ports Les flots en ont poussé les débris et les morts. Que dis-je ? les Troyens pleurent une autre Hélène Que vous avez captive envoyée à Mycène : Car, je n'en doute point, cette jeune beauté Garde en vain un secret que trahit sa fierté ; Et son silence même , accusant sa noblesse , Nous dit qu'elle nous cache une illustre princesse.
ACHILLE
Non, non , tous ses détours sont trop ingénieux :
Vous lisez de trop loin dans les secrets des dieux.
Moi , je m'arrêterais à de vaines menaces !
Et je fuirais l'honneur qui m'attend sur vos traces I
Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit.
Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son Ut :
Je puis choisir, dit-on , ou beaucoup d'ans sans gloire
Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire.
Mais , puisqu'il faut enfin que j'arrive au tombeau , '^.i'
Voudrais-jè , de la terre inutile fardeau / -
Trop avare d'un sang reçu d'une déesse ,
Attendre chez mon père une obscure vieillesse ;
Et, toujours de la gloire évitant le sentier.
Ne laisser aucun nom, et mourir tout entier.'
Ah ! ne nous formons point ces mdignes obstacles :
L'honneur parle, il suffit; ce sont là nos oracles.
Les dieux sont de nos jours les maîtres souverains;
Mais, seigneur, notre gloire est dans nos propres mains.
Pourquoi nous tourmenter de leurs ordres suprêmes?
Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme eux-mêmes ;
450 IPlllGÊMi:.
lit, laissant faire au sort, courons où la valeur
Nous promet un destin aussi grand que le leur.
C'est à Troie, et j'y cours ; et, quoi qu'on me prédise ,
Je ne demande aux dieux qu'un vent qui m'y conduise ;
Et quand moi seul enfin il faudrait l'assiéger,
Patrocle et moi, seigneur, nous irons vous venger
Mais non , c'est en vos mains que le destin la livre ;
Je n'aspire eu effet qu'à l'iionneur de vous suivre.
Je ue vous presse plus d'approuver les transports
D'un amour qui m'aliait éloigner de ces bords;
Ce même amour, soigneux de votre renommée ^^i^op w , jd
"S eut qu'ici mon exemple encourage l'armée, .> .^"Ir '^^ '(jV^;-
Et me défend surtout de vous abandonner
Aux timides conseils qu'on ose vous doimer.