ASSUÉRUS, ASAPH
ASSl'ÉRUS , assis sur son liônc.
-Je veux bien l'avouer ; de ce couple perlide J'avais presque oublié l'attentat parricide ; Et j'ai pâli deux fois au terrible récit Qui vient d'en retracer l'image à mon esprit. Je vois de quel succès leur fureur fut suivie , Et fpie dans les tounnents ils laissèrent la vie. Mais ce sujet zélé qui , d'un œil si subtil , Sut de leur noir couiplol développer le fil , Qui me montra sur moi leur main déjà levée. Enfin par qui la Perse avec moi fut sauvée ,
Quel honneur pour sa foi , quel prix a-t-il reçu ?
ASAPH
On lui proniit beaucoup : c'est tout ce que j'ai su.
ASSUÉRUS
0 d'un si grand service oubli trop condamnable !
Des embarras du trône effet ii«5vitable !
De soins tumultueux un prince environné
Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné ;
L'avenir l'inquiète , et le présent le frappe :
Mais plus prompt que l'éclair le passé nous échappe ,
Et , de tant de mortels à toute heure empressés
A nous faire valoir leurs soins intéressés ,
Il ne s'en trouve point qui , touchés d'un vrai zèle ,
Prennent à notre gloire un intérêt fidèle ,
Du mérite oublié nous fassent souvenir,
Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.
Ah ! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance
Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance !
Et qui voudrait jamais s'exposer pour son roi?
Ce mortel qui montra tant de zèle pour moi
Vit-il encore ?
ASAPII . *
n voit l'astre qui vous éclaire.
ASSUÉItUS.
Et que n'a-t-il plus tôt demandé son salaire? Quel pays reculé le cache à mes bienfaits?
ASAPH
Assis le plus souvent aux portes du palais , Sans se plaindre de vous ni de sa destinée , 11 y tratue , seigneur, sa vie infortunée.
ASSUÉRUS
Et je dois d'autant moins oublier la vertu , Qu'elle-même s'oublie. Il se nomme, dis-tu?
ASAPH
Mardochée estle nom que je viens de vous lire.
ASSUÉUUS.
Et son pays?
ASAIUI.
Seigneur, puisqu'il faut vous le dire , C'est un de ces captifs à périr destinés , Des rives du Jourdain sur l'Euphrate amenés.