ACTE m, SCÈNE I
Roi cruel ! ce sont là les jeux où tu te plais Tu ne m'as prodigué tes perfides bienfaits Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie, Et m'accabler enfin de plus d'ignominie.
ZARÈS
Pourquoi juger si mal de son intention ? Il croit récompenser une bonne action.
Ne faut-il pas, seigneur, s'étonner au contraire Qu'il en ait si longtemps différé le salaire ? Du reste, il n'a rien fait que par votre conseil ; Vons-raême avez dicté tout ce triste appareil -. Vous êtes après lui le premier de l'empire. Sait-il toute l'horreur que ce Juif vous inspire?
AMVN.
11 sait qu'il me doit tout, et que, pour sa grandeur, J'ai foulé sous les pieds remords, crainte, pudeur-. Qu'avec un cœur d'airain exerçant sa puissance. J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence ; Que pour lui, des Persans bravant l'aversion. J'ai chéri, j'ai cherché la malédiction : Et, pour prix de ma vie à leur haine exposée. Le barbare aujourd'hui m'expose à leur risée !
ZARfeS.
Seigneur, nous sommes seuls. Que sert de se flatter?
Ce zèle que pour lui vous fites éclater,
Ce soin d'immoler tout à son pouvoir suprême.
Entre nous, avaient-ils d'autre objet que vous-même?
Et, sans chercher plus loin, tous ces Juifs désolés,
N'est-ce pas à vous seul que vous les immolez?
Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste...
Enfin la cour nous hait, le peuple nous déteste.
Ce Juif même, il le faut confesser malgré moi.
Ce Juif, comblé d'honneurs, me cause quelque effroi.
Les malheurs sont souvent enchaînés l'un à l'autre ,
Et sa race toujours fut fatale à la vôtre.
De ce léger affront songez à profiter.
Peut-être la fortune est prête à vous quitter ;
.4ux plus affreux excès son inconstance passe :
Prévenez son caprice avant qu'elle se lasse.
Où tendez-vous plus haut? Je frémis quand je voi
Les abtraes profonds qui s'offrent devant moi ;
La chute désormais ne peut être qu'horrible.
Osez chercher aDleurs un destin plus paisible :
Regagnez rifellespont et ces bords écartés
Où vos aïeux errants jadis furent jetés,
Lorsque des Juifs contre eux la vengeance allumée
Chassa tout Amalec de la triste Iduniée.
Aux malices du sort enfin dérobez-vous.
Nos plus riches trésors marclieront devant nous :
Vous pouvez du départ me laisser la conduite ;
Surtout de vos enfants j'assurerai la fuite.
N'ayez soin cependant que de dissimuler.
Contente, sur vos pas vous me verrez voler :
La mer la plus terrible et la plus orageuse
Est plus sûre pour nous que cette cour trompeuse.
Mais à grands pas vers vous je vois quelqu'un marcher ;
C'est Hydaspe.