‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 509 sur 566 · ACTE ni, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE IX

l'iîne des trois.

Il nous a révélé sa gloire.

TOUTES TKOIS ensemble.

Ah ! qui peut avec lui partnger noire amour?

TOUT LE CHOEUR

Que son nom soit béni; que son nom soit chanté: Que l'on célèhre ses ouvrages Au delà des temps et des âges, Au delà de l'éternité.

PRÉFACE

Tout le monde sait que le r&^aume de Juda était composé des deux

tribus de Juda et de Benjamin, et que les dix autres tribus qui se révoltèrent contre Roboam composaient le royaume d'israfij. Comme les rois de Juda étalent de la maison de David, et qu'ils avalent dans leur partage la ville et le temple de Jérusalem, tout ce qu'il y avait de prêtres et de lévites se retirèrent auprès d'eux , et leur demeurèrent toujours attachés • car, depuis que le temple de Salomon fut bâti, il n'était plus permis de sacrifier ailleurs; et tous ces autres autels qu'on élevait à Dieu sur de» montagnes, appelés par cette raison dans l'Écriture les hauts lieux, ne lui étalent point agréables. Ainsi le culte légitime ne subsistait plus que dans Juda. Les dix tribus, excepté un très-petit nombre de personnes , étalent ou idolâtres, ou scliismatlques.

Au reste, ces prêtres et ces lévites faisaient eux-mêmes une tribu fort nombreuse. Ils turent partagés en diverses classes pour servir tour à tour dans le temple, d'un Jour de sabbat à l'autre. Les prêtres étaient de la famille d'Aaron ; et U n'y avait que ceux de celte famille lesquels pussent exercer la sacrlficature. Les lévites leur étalent subordonnés, et avaient soin , entre autres choses, du chant, de la préparation des victimes, et de la garde du temple. Ce nom de lévite ne laisse pas d'être donné quelquefois indllléremment à tous ceux de la tribu. Ceux qui étalent en semaine avalent, ainsi que le grand prêtre, leur logement dans les portiques ou galeries dont le temple était environné , et qui faisaient partie du temple même. Tout l'édifice s'appelait en général le Heu saint; mais on appelait plus particultërenient de ce nom cette partie du temple Intérieur où étalent le chandelier d'or, l'autel des parfums et les tables des pains de proposition ; et cette partie était encore distinguée du saint des saints, où était l'arche, et où le graud prêtre seul avait droit d'entrer une fob l'année. C'était une tradition assez constante , que la montagne sur laquelle le temple fut bâti était la même montagne où .Abraham avait autrefois offert en sacrifice son fils Isaac.

J'ai cru devoir expliquer Ici ces particularités , afin que ceux à qui l'hi-itoire de l'Ancien Testament ne sera pas assez pré.scnle n'en soient point arrêtés en lisant cette tragédie. Elle a pour sujet Joas reconnu et mis sur le tr6ne ; et J'aurais dû, dans les règles , l'intituler Joas : mais la plupart dn monde n'en ayant entendu parler que sous le nom d'ATUA- LiEg'Je n'ai pas Jugé à propos de la leur présenter sous un antre titre, puisque d'ailleurs Athalle y Joue un personnage si considérable, et que c'est sa mort qui termine la pièce.

Voici une partie des principaux événements qui devancèrent cette grande action.

Joram, roi de Juda, fils de Josapliat, et le septième roi de la race de David, épousa Athalle, fille d'Achab et de Jézabel, qui régnaient en Israël, fameux l'un et l'autre , mais principalement Jézabel, par leurs sanglantes persécutions contre les prophètes. Athalle, non moins Impie que sa mère, entraîna bientôt le roi son mari dans l'idolâtrie, et fit même construire dans Jérusalem un temple à Baal, qui était le dieu du pays de Tyr et de Sidon, où Jé7.abel avait pris naissance. Joram, après avoir vu périr par les mains des Arabes et des Phlll.stlns tous les princes ses enfants, â la réserve d'OchozIas, mourut lui-même misérablement

PRÉFACE. 601

d'une longne maladie qui lui consuma les e£!raiUes. Sa mort funeste n'empêcha pas Ocbozlas d'imiter son Impiété et celle d'Athalie sa mère. Mais ce prince , après avoir régné seulement un an, étant ailé rendre visite an roi d'Israël, frère d'Athalie, fut enveloppé dans la ruine de la maison d'Achab, et tué par l'ordre de Jehu, que Dieu avait fait sacr''^ par ses prophètes pour régner sur Israël, et pour être le ministre de «es vengeances. Jéhu extermina toute la postérité d'Achab, et Ct Jeter par les fenêtres Jézabel, qui, selon la prédiction d'Élie, fut mangée de:> chiens dans la vigne de ce même Nabotb qu'elle avait fait mourir autrefois pour s'emparer de son bérUage. Atbalie, ayant appris i Jérusalem tons ces massacres, entreprit de son cOté d'éteindre entièrement la race royale de David, en faisant mourir tous les enfants d'Ocboztas, ses petlt»- Qls. Mais heureusement Josabeth, sœur d'Ochozias, et fille de Joram, mais d'une autre mère qu'Athalie, étant arrivée lorsqu'on égorgeait les princes ses neveux, trouva moyen de dérober du milieu des morts le petit Joas encore à la mamelle, et le confia avec sa nourrice au grand prêtre son mari, qui les cacha tous deux dans le temple, où l'enfant fut élevé secrètement Jusqu'au Jour qu'il fut proclamé roi de Juda. L'blS' tolre des Rois dit que ce fut ta septième anuce d'après. Mais le texte grec des Parallpomënes, que Sévère Sulplce a suivi, dit que ce fut la huitième. C'est ce qui m'a autorisé à donner à ce prince neuf à dix ans, pour le mettre déjà en état de répondre aux questions qu'on lui (ait.

Je crois ne lui avoir rieu fait dire qui soit au-dessus de la portée d'un en/ant de cet âge quia de l'esprit et de la mémoire. Mais, quand J'aurais été nn peu an delà, II faut considérer que c'est Ici un enfant tout extraordinaire , élevé dans le temple par un grand prêtre qot, le regardant comme l'unique espérance de sa nation, l'avait instruit de bonne heure dans tous les devolis de sa religion et de la royauté. Il n'en était pas de même des enfants des Juifs que de la plupart des nôtre* : on leur apprenait les saintes lettres, non-seulement dès qu'Us avalent atteint l'usage de la raison, mais, pour me servir de l'expression de saint Paul, dés la mamelle. Chaque Juif était obligé d'écrire une fois en sa vie de sa propre main le volume de la loi tout entier. Les rois étaient même obligés de l'écrire deux fols ; et 11 leur était enjoint de l'avoir continuellement devant les yeux. Je puis dire Ici que la France volt en la personne d'un prince de huit ans et demi, qui fait aujourd'hui ses plus chères délice*, un exemple illustre de ce que peut dans un enfant un heureux naturel aidé d'une excellente éducation; et que si j'avais donné an petit Joas la même vivacité et le même discernement qui brillent dans les reparties de ce Jeune prince, on m'aurait accusé avec raison d'avoir péché contre les règles de la vraisemblance.

L'Âge de Zacharle, fils du grand prêtre, n'étant point marqué, on peut lui supposer, si l'on veut, deux ou trois ans de plus qu'à Joas.

J'ai suivi l'explication de plusieurs commentateurs fort habiles, qui prouvent par le texte même de l'Écriture, que tous c«s soldats à qui Jolada, ou Joad, comme 11 est appelé dans Juséphe, fit prendre les ar- Btes consacrées à Dieu par David, étaient autant de prêtres et de lé- Tites, aussi bien que les cinq centenlers qui les commandaient. En effet, disent ces Interprètes, tout devait être saint dans une si sainte action, et aucun profane n'y devait être employé. Il s'y agissait non-seulement de conserver le sceptre dans la maison de Uavld, mais encore de conserver à ce grand roi cette suite de descendants dont devait naître le Messie. • Car ce Messie, tant de fols promis comme fils d'Abraham, de-

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« Tait aussi être QU de David et de tous les rois de Juda. » De li vicat que l'illustre et savaat prélat (') de qui j'ai emprunté ces paroles appelle Joas le précieux reiite de la maison de David. Josëplie en parle dans les mêmes ternies; et l'Écriture dit expressément que Dieu n'extermina pas toute la famille de Joram, voulant conserver à David la lampe qu'il lui avait promise. Or cette lampe, qu'était-ce autre chose que la lumière qui devait être uu Jour révélée aux nations?

L'histoire ne spécifie point ic Jour où Juas fut proclamé. Quelques interprètes veulent que ce fût un Jour de fête. J'ai choisi celle de la Pentecôte, qui était l'une des trois grandes fêtes des Juifs. On y célébrait la mémoire de la publication de la loi sur le mont de Slnat, et on y offrait aussi à Dieu les premiers pains de la nouvelle moisson; ce qui faisait qu'on la nommait encore lu fête des prémices. J'ai songé que ces circonstances me fourniraient quelque variété pour les chants du chœur.

Ce chœur est coinpusë de Jeunes fllles de la tribu de Lévi, et Je mets i leur lête une fille que Je'donne pour sœur à Zacbarie. C'est elle qui introduit le chœur chez sa mère. Bile chante avec lui, porte la parole pour lut, et fait enfin les fonctions de ce personnage des anciens chœurs qu'on appelait le Goeyphée. J'ai aussi essayé d'imiter des anciens celte continuité d'action qui /ait que leur théâtre ne demeure jamais vide , les intervalles des actes n'étant marqués que par des hymnes et par des moralités du chœur, qui ont rapport à ce qui se passe.

On me trouvera peut être un peu hardi d'avoir osé mettre sur la scène un prophète inspiré de Dieu, et qui prédit l'avenir. Mais j'ai eu la précaution de ne mettre dans sa boHcbe que des expressions tirées des prophètes mêmes. Quoique l'Écriture ne dise pas en termes exprès que Jolada ait eu l'esprit de prophétie, comme elle le dit de son fils, elle le représente comme un homme tout plein de l'esprit de Dieu. Et d'ailleurs ne paralt-il pas, par l'Évangile, qu'il a pu prophétiser en qualité de souverain pontife? Je suppose donc qu'il voit en esprit le funeste changement de Joas, qui, après trente années d'un règne Tort pieux, s'abandenna aux mauvais conseils des Batteurs, et se souilla du meurtre de Zacbarie, fils et successeur de ce grand prêtre. Ce meurtre, commis dans le temple, (ut une des principales causes de la colère de Dieu contre les Juifs, et de tous les malheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On préteud même que depuis ce jour-là les réponses de Dieu cessèrent entièrement dans le sanctuaire. C'est ce qui m'a donné lieu de faire prédire tout de suite à Joad et la destruction du temple et la ruine de Jérusalem. Mais comme les prophètes Joignent d'ordinaire les consolations aux menaces, et que d'ailleurs il s'agit de mettre sur le trône un des ancêtres du Messie, J'ai pris occasion de faire entrevoir la venue de ce consolateur, après lequel tous les anciens justes soupiraient. Cette scène, qui est une espèce d'épisode, amène trës-natiircllement la musique, par la coutume qu'avalent plusieurs prophètes d'entrer dans leurs saints transports au son des Instruments; témoin cette troupe de prophètes qui vinrent au-devant de Saiil avec des harpes et des lyres qu'on portait devant eux; et témoin Elisée lul-mêuic, qui, étant consulté sur l'avenir par le roi de Juda et par le roi d'israiil, dit. Comme fait Ici Joail, AdducUe ni(Ai psaltem. Ajoutez 1 cela que cette praphétie sert beaucoup à augmenter le trouUe dans la pièce par la consternation et par les différents mouvements où elle Jette le chœur et les principaux acteurs,

(•) M. de M-.a».

ACTEURS

JO\S, roi de Juda, (ils d'Ocliozlas.

ATHALIE, veuve de Joram, aïeule de Joas.

JOAD, autrement JOIADA, grand prêtre.

JOSABETH, tante de Joas, remmedu grand prêtre.

ZACHARIE, fils de Joad et de Josabet.

SALOMITH, sœur de Zacharle.

ABNER, i'un des principaux ofQciers dt-s rois de Juda.

AZARIAS, ISMAEL, et les trois autres chefs des prêtres

et des lévites.

MATHAN, prêtre apostat, sacrificateur de BaaI. NABAt, Ronfident de Mattian.

AGAR, femme de la suite d'Attialie.

TROUPE de prêtres et de lévite».

SUITE d'Attialie.

lA NOURRICE de Joas.

CHOEUR de Jeunes filles de la tribu de Lévi.

La scène est dans le temple de Jérusalem, dans un vestibule de Vapportement du grand prêtre.

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