AB.VER
Oui , je viens dans son temple adorer l'Éternel ; Je viens, selon l'usage antique et solennel, Célébrer avec vous la fameuse journée Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée. Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour. Du temple , orné partout de festons magnifiques , Le peuple saint en foule inondait les portiques ; Et tous , devant l'autel a>"ec ordre introduits , eu3
De leurs champs dans leurs mains portant les nouTeaux fruits.
Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices :
Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.
L'audace d'une femme , arrêtant ce concours ,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre :
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;
Ou même , s'empressant aux autels de Baal ,
Se fait initier à ses honteux mystères ,
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalie , à ne vous rien cacher,
Vous-même de l'autel vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes ,
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.
JOAD
D'où VOUS vient aujourd'hui ce noir pressentiment?
ABNER
Pensez-vous être saint et juste impunément?
Dès longtemps elle hait cette fermeté rare
Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare :
Dès longtemps votre amour pour la religion
Est traité de révolte et de sédition.
Du mérite éclatant cette reine jalouse
Hait surtout Josabeth votre fidèle épouse :
Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,
De notre dernier roi Josabeth est la sœur.
Mathan d'ailleurs , Mathan , ce prêtre sacrilège ,
Plus méchant qu'AthaUe, à toute heure l'assiège;
Mathan , de nos autels infâme déserteur.
Et de toute vertu zélé persécuteur. ,
C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère,
Ce lévite à Baal prête son ministère ;
Ce temple l'importune , et son impiété
Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.
Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente •
Quelquefois il vous plaint , souvent même il vous vante ;
Il affecte pour vous une fausse douceur ;
Et , par là de son fiel colorant la noirceur.
Tantôt à cette reine il vous peint redoutable ;
Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable ,