‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 511 sur 566 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez Vous cachez des trésors par David amassés. Enfin , depuis deux jours la superbe Athaiie Dans un sombre chagrin paraît ensevelie. Je l'observais hier, et je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux; Comme si , dans le fond de ce vaste édifice , Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice. Croyez-moi , plus j'y pense , et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater, Et que de Jézabel la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

JOAD

Celui qui met un frein à la fureur des flots

Sait aussi des méchants arrêter les complots,

Soumis avec respect à sa volonté sainte ,

Je crains Dieu , cher Abner, et n'ai point d'autre craiote.

Cependant je rends grâce au zèle officieux

Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.

Je vois que l'injustice en secret vous irrite ,

Que vous avez encor le cœur israélite.

Le ciel en soit béni ! mais ce secret courroux ,

Cette oisive vertu , vous en contentez- vous ?

La foi qui n'agit point , est-ce une foi sincère?

Huit ans déjà passés, une impie étrangère

Du sceptre de David usurpe tous les droits ,

Se baigne impunément dans le sang de nos rois ,

Des enfants de son fils détestable homicide ,

Et même contre Dieu lève son bras perfide -.

Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant État,

Vous , nourri dans les camps du saint roi Josaphat,

Qui sous son fils Joram commandiez nos armées,

Qui rassurâtes seul nos ^illes alarmées ,

Lorsque d'Ochozias le trépas imprévu

Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu;

Je crains Dieu , dites- vous , sa vérité me touche !

Voici comme ce dieu vo'os répond par ma bouche :

« Du zèle de ma loi que sert de vous parer.'

« Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer.?

« Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ?

« Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses.'

^ Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté. « Rompez , rompez tout pacte avec l'impiété ; « Du milieu de mon peuple exterminez les crimes : •< Et vous viendrez alors m'Immoler vos victimes. »

ABNER

£h ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu ?

Benjamin est sans force et Juda sans vertu :

Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race

Eteignit tout le feu de leur antique audace.

Dieu même , disent-ils , s'est retiré de nous :

De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux ,

Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée;

Et sa miséricorde à la fin s'est lassée :

On ne voit plus pour nous ses redoutables mains

De merveilles sans nombre effrayer les humains :

L'arche sainte esf muette, et ne rend plus d'oracles.

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ?

Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir?

Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir,

Peuple ingrat? quoi! toujours les plus grandes merveilles

Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreilles?

Faut-il , Abner, faut-il vous rappeler le cours

Des prodiges fameux accomplis en nos jours -.

Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces ,

Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces -,

L'impie Achab détruit , et de son sang trempé

Le champ que par le meurtre il avait usurpé;

Près de ce champ fatal Jézabel immolée ;

Sous les pieds des chevaux cette reine foulée;

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés ,

Et de son corps hideux les membres déchirés ;

Des prophètes menteurs la troupe confondue ,

Et la flamme du ciel sur l'autel descendue ;

Élie aux éléments pariant en souverain ,

Les cieux par lui fermés et devenus d'airain ,

l'.t la terre trois ans sanspluie et sans rosée ;

Les morts se ranimant à la voix d'Elisée ?

r>econnaissez , Abner, à ces traits éclatants.

In Dieu tel aujourd'iiui qu'il fut dans tous les temps

Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire;

Page 1