ACTE I, SCENE VIII
Monsieur de Pourceaucnac.
Je suis vostre serviteur.
Premier Médecin.
Voicy un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais consulter la manière dont nous vous traiterons.
Monsieur de Pourceaugnac.
Il ne faut point tant de façons, vous dis-je , et je suis homme à me contenter de l'ordinaire.
Allons, des sièges.
[Des laquais entrent et donnent des sièges.] Monsieur de Pourceaugnac.
Voila, pour un jeune homme, des domestiques bien lugubres!
Premier Médecin.
Allons, Monsieur, prenez vostre place, Monsieur. ( Lorsqu'ils sont assis, les deux médecins luy prennent
chacun une main pour luy taster le poulx.) Monsieur de Pourceaugnac, présentant ses mains. Vostre tres-humble valet. (Voyant qu'ils luy tastent le poulx.) Que veut dire cela?
Premier Médecin.
Mangez-vous bien, Monsieur ?
Monsieur de Pourceaugnac.
Oûy, et boy encore mieux.
Premier Médecin.
Tant-pis! cette grande appetition du froid et de l'humide est une indication de la chaleur et sèche* resse qui est au dedans. Dormez-vous fort ?
Monsieur de Pourceaugnac.
Oûy, quand j'ay bien soupe.
Premier Médecin.
Faites-vous des songes ?
Monsieur de Pourceaugnac.
Quelquefois.
De quelle nature sont-ils ?
De la nature des songes. Quelle diable de conversation est-ce là ?
Premier Médecin.
Vos déjections, comment sont-elles?
Monsieur de Pourceaugnac.
Ma foy, je ne comprens rien à toutes ces questions, et je veux plutost boire un coup.
Premier Médecin.
Un peu de patience ; nous allons raisonner sur vostre affaire devant vous, et nous le ferons en françois pour estre plus intelligibles.
Monsieur de Pourceaugnac.
Quel grand raisonnement faut-il pour manger un morceau ?
Premier Médecin.
Comme ainsi soit qu'on ne puisse guérir une maladie qu'on ne la connoisse parfaitement, et qu'on ne la puisse parfaitement connoistre sans en bien établir l'idée particulière et la véritable espèce par ses signes diagnostiques et prognostiques , vous me permettrez , Monsieur nostre ancien , d'entrer en considération de la maladie dont il s'agit avant que de toucher à la thérapeutique et aux remèdes qu'il nous conviendra faire pour la parfaite curation d'icelle. Je dis -donc, Monsieur,