ERASTE, PREMIER MEDECIN
L'APOTIQUAIRE
Eraste, [à Monsieur de Pourceaugnac], Une petite affaire m'est survenue qui m'oblige à vous quitter; mais voila une personne entre les mains de qui je vous laisse, qui aura soin pour moy de vous traiter du mieux qu'il luy sera possible.
Premier Médecin.
• Le devoir de ma profession m'y oblige, et c'est assez que vous me chargiez de ce soin.
Monsieur de Pourceaugnac , [à part].
C'est son maistre-d'hostel , «t il faut que ce soit un homme de qualité.
Premier Médecin.
Oûy, je vous assure que je traitteray monsieur méthodiquement et dans toutes les regularitez de nostre art.
Monsieur de Pourceaugnac.
Mon Dieu , il ne faut pas tant de cérémonies , et je ne viens pas icy pour incommoder.
Premier Médecin.
Un tel employ ne me donne que de la joye.
Eraste.
Voila toujours six pistoles d'avance, en attendant ce que j'ay promis.
Molière. VI. ai
iÔ2 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.
Monsieur de Pourceaugnac.
Non, s'il vous plaist, je n'entens pas que vous fassiez de dépense, et que vous envoyez rien acheter pour moy.
Eraste.
Mon Dieu , laissez faire ; ce n'est pas pour ce que vous pensez.
Monsieur de Pourceaugnac.
Je vous demande de ne me traitter qu'en amy.
Eraste.
"C'est ce que je veux faire. (Bas au Médecin.) Je vous recommande sur tout de ne le point laisser sortir de vos mains, car par fois il veut s'échaper. Ne vous mettez pas en peine.
Eraste , à Monsieur de Pourceaugnac.
Je vous prie de m'excuser de l'incivilité que je commets.
Monsieur de Pourceaugnac.
Vous vous moquez , et c'est trop de grâce que vous me faites.