‹ Théâtre complet, publChapitre 130 sur 191 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC en femme,

Pour moy, je ne croy pas qu'en cet état on puisse jamais vous connoistre, et vous avez la mine comme* cela d'une femme de condition.

Monsieur de Pourceaugnac.

Voila qui m'étonne, qu'en ce païs-cy les formes de la justice ne soient point observées.

Sbrigani.

Oûy, je vous l'ay déjà dit, ils commencent icy

104 MONSIEUR DE POU RCE AUGNAC.

par faire pendre un homme , et puis ils luy font son procès.

Monsieur de Pourceaugnac.

Voila une justice bien injuste.

Sbrigani.

Elle est severe comme tous les diables, particulièrement sur ces sortes de crimes

Monsieur de Pourceaugnac.

Mais quand on est innocent?

Sbrigani.

N'importe, ils ne s'enquestent point de cela; et puis ils ont en cette ville une haine effroyable pour les gens de vostre pais, et ils ne sont point plus ravis que de voir pendre un Limosin.

Monsieur de Pourceaugnac.

Qu'est-ce que les Limosins leur ont fait?

Sbrigani.

Ce sont des brutaux, ennemis de la gentillesse et du mérite des autres villes. Pour moy, je vous avoué que je suis pour vous dans une peur épouvantable; et je ne me consolerois de ma vie si vous veniez à estre pendu.

Monsieur de Pourceaugnac.

Ce n'est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir que de ce qu'il est fâcheux à un gentilhomme d'estre pendu, et qu'une preuve comme celle-là feroit tort à nos titres de noblesse.

Sbrigani Vous avez raison, on vous contesteroit après cela le titre d'escuyer. Au reste, étudiez -vous, quand je vous meneray par la main, à bien marcher

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