‹ Théâtre complet, publChapitre 138 sur 191 · ERASTE, JULIE, SBRIGANI, ORONTE · texte numérisé non relu

ERASTE, JULIE, SBRIGANI, ORONTE

Eraste.

Allons, vous viendrez malgré vous, et je veux vous remettre entre les mains de vostre père. Tenez, Monsieur, voila vostre fille, que j'ay tirée de force d'entre les mains de l'homme avec qui elle s'enfuyoit ; non pas pour l'amour d'elle , mais pour vostre seule considération : car, après l'action qu'elle a faite, je dois la mépriser et me guérir absolument de l'amour que j'avois pour elle.

Oronte.

Ah ! infâme que tu es !

Eraste.

Comment ! me traiter de la sorte après toutes les marques d'amitié que je vous ay données ! Je ne vous blâme point de vous estre soumise aux volontez de monsieur vostre père : il est sage et judicieux dans les choses qu'il fait, et je ne me plains point de luy de m'avoir rejette pour un autre. S'il a manqué à la parole qu'il m'avoit donnée, il a ses raisons pour cela. On luy a fait croire que cet autre est plus riche que moy de quatre ou cinq mille écus; et quatre ou cinq mille écus est un dernier considérable , et qui vaut bien la peine qu'un homme manque à sa parole. Mais oublier en un

ai 4 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

moment toute l'ardeur que je vous ay montrée , vous laisser d'abord enflâmer d'amour pour un nouveau venu , et le suivre honteusement sans le consentement de monsieur vostre père, après les crimes qu'on luy impute ! c'est une chose condamnée de tout le monde, et dont mon cœur ne peut vous faire d'assez sanglans reproches.

Julie.

Hé bien, oûy, j'ay conceu de l'amour pour luy, et je l'ay voulu suivre , puis que mon père me l'avoit choisy pour épous. Quoy que vous me disiez, c'est un fort honneste homme, et tous les crimes dont on l'accuse sont faussetez épouvantables. .

Oronte.

Taisez-vous; vous estes une impertinente, et je sçay mieux que vous ce qui en est.

Julie.

Ce sont sans doute des pièces qu'on luy fait, et c'est peut-estre luy qui a trouvé cet artifice pour vous en dégoûter.

Eraste.

Moy, je serois capable de cela !

Julie.

Oûy, vous.

Oronte.

Taisez-vous, vous dis-je ; vous estes une sotte.

Eraste.

Non , non ; ne vous imaginez pas que j'aye aucune envie de détourner ce mariage, et que ce soit ma passion qui m'ait forcé à courir après vous. Je vous l'ay déjà dit , ce n'est que la seule considera-

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