‹ Théâtre complet, publChapitre 139 sur 191 · ACTE III, SCENE VII. 2i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VII. 2i

tion que j'ay pour monsieur vostre père, et je n'ay pu souffrir qu'un honneste homme comme luy fust exposé à la honte de tous les bruits qui pourroient suivre une action comme la. vostre.

Je vous suis, Seigneur Eraste, infiniment obligé.

Eraste.

Adieu, Monsieur. J'avois toutes les ardeurs du monde d'entrer dans vostre alliance; j'ay fait tout ce que j'ay pu pour obtenir un tel honneur; mais j'ay esté malheureux, et vous ne m'avez pas jugé digne de cette grâce. Cela n'empeschera pas que je ne conserve pour vous les sentimens d'estime et de vénération où vostre personne m'oblige; et, si je n'ay pu estre vostre gendre , au moins seray-je éternellement vostre serviteur.

Oronte.

Arrestez, Seigneur Eraste; vostre procédé me touche l'ame, et je vous donne ma fille en mariage. Julie.

Je ne veux point d'autre mary que monsieur de Pourceaugnac.

Oronte.

Et je veux, moy, tout-à-1'heure, que tu prenes le seigneur Eraste. Çà , la main.

Julie.

Non, je n'en feray rien.

Oronte.

Je te donneray sur les oreilles.

Eraste.

Non, non, Monsieur, ne luy faites point de violence, je vous en prie, j

ai6 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

Oronte.

C'est à elle à m'obeîr, et je sçay me montrer le maistre.

Ne voyez-vous pas l'amour qu'elle a pour cet homme-là Pet voulez-vous que je possède un corps dont un autre possédera le cœur ?

Oronte.

C'est un sortilège qu'il luy a donné, et vous verrez qu'elle changera de sentiment avant qu'il soit peu. Donnez-moy vostre main. Allons.

Julie.

Je ne...

Oronte.

Ah ! que de bruit ! Çà , vostre main, vous dis-je. Ah! ah! ah!

Eraste, [à Julie], Ne croyez pas que ce soit pour l'amour de vous que je vous donne la main ; ce n'est que monsieur vostre père dont je suis amoureux, et c'est luy que j'épouse.

Oronte.

Je vous suis beaucoup obligé, et j'augmente de dix mille écus le mariage de ma fille. Allons, qu'on fasse venir le notaire pour dresser le contract. Eraste.

En attendant qu'il vienne , nous pouvons jouir du divertissement de la saison , et faire entrer les masques que le bruit des nopces de M. de Pourceaugnac a attiré icy de tous les endroits de la ville.

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