‹ Théâtre complet, publChapitre 145 sur 191 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

cence, et tant de gens, d'ordinaire, s'empressent à porter de la confusion dans ces sortes de festes que j'ay crû à propos de ne pas augmenter le nombre des importuns.

Clitidas.

Vous sçavez que vostre présence ne gaste jamais rien, et que vous n'estes point de trop en quelque lieu que vous soyez.. Vostre visage est bien venu par tout, et il n'a garde d'estre de ces visages disgraciez qui ne sont jamais bien receus des regards souverains. Vous estes également bien auprès des deux princesses, et la mère et la fille vous font assez connoistre l'estime qu'elles font de vous pour n'appréhender pas de fatiguer leurs yeux ; et ce n'est pas cette crainte, enfin, qui vous a retenu.

Sostrate.

J'avoue que je n'ay pas naturellement grande curiosité pour ces sortes de choses

Mon Dieu, quand on n'auroit nulle curiosité pour les choses, on en a toujours pour aller où l'on trouve tout le monde; et, quoy que vous puissiez dire, on ne demeure point tout seul, pendant une feste, à resver parmy des arbres comme vous faites, à moins d'avoir en teste quelque chose qui embarasse.

Sostrate.

Que voudrois-.tu que j'y pusse avoir?

Clitidas.

Oûais ! je ne sçay d'où cela vient , mais il sent

2 3o LES AMANS MAGNIFIQUES.

icy l'amour. Ce n'est pas moy. Ah! par ma foy, c'est vous.

SOSTRATE

Que tu es fou, Clitidas !

Clitidas.

Je ne suis point fou. Vous estes amoureux; j'ay le nez délicat, et j'ay senty cela d'abord.

SOSTRATE

Surquoy prens-tu cette pensée?

Clitidas.

Surquoy? Vous seriez bien étonné si je vous disois encore de qui vous estes amoureux.

Sostrate.

Moy ?

Oûy. Je gage que je vais deviner tout à l'heure celle que vous aymez. J'ay mes secrets aussi bien que nostre astrologue, dont la princesse Aristione est entestée; et, s'il a la science de lire dans les astres la fortune des hommes, j'ay celle de lire dans les yeux le nom des personnes qu'on ayrae. Tenez-vous un peu, et ouvrez les yeux. E, par soy, e; r, i, ri, eri; p, h, i, phi, Eriphi; 1, e, le : Eriphile. Vous estes amoureux de la princesse Eriphile.

Sostrate.

Ah! Clitidas, j'avoue que je ne puis cacher mon trouble, et tu me frappes d'un coup de foudre. Clitidas.

Vous voyez si je suis sçavant !

Sostrate.

Helas ! si par quelque avanture tu as pu décou-

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