ACTE I, SCENE I
Clitidas.
Le respect bien souvent n'oblige pas tant que l'amour, et je me trompe fort, ou la jeune princesse a connu vostre flâme et n'y est pas insensible.
Sostrate.
Ah ! ne t'avise point de vouloir flater par pitié le cœur d'un misérable.
Clitidas.
Ma conjecture est fondée : je luy voy reculer beaucoup le choix de son époux, et je veux éclaircir un peu cette petite affaire-là. Vous sçavez que je suis auprès d'elle en quelque espèce de faveur, que j'y ay les accès ouverts , et qu'à force de me tourmenter je me suis acquis le privilège de me mesler à la conversation et parler à tort et à travers de toutes choses. Quelquefois cela ne me réussit pas, mais quelquefois aussi cela me réussit. Laissez -moy faire, je suis de vos amis; les gens de mérite me touchent, et je veux prendre mon temps pour entretenir la princesse de...
Sostrate.
Ah ! de grâce, quelque bonté que mon mal-heur t'inspire, garde-toy bien de luy rien dire de ma flâme. J'aymerois mieux mourir que de pouvoir estre accusé par elle de la moindre témérité , et ce profond respect où ses charmes divins...
Clitidas.
Taisons-nous, voicy tout le monde.