‹ Théâtre complet, publChapitre 159 sur 191 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

de prendre plaisir à tous ces beaux regales. Il m'a voulu entretenir; mais vous m'avez défendu si expressément de me charger d'aucune affaire auprès de vous que je n'ay point voulu luy prester l'oreille, et je luy ay dit nettement que je n'avois pas le loisir de l'entendre.

Eriphile.

Tu as eu tort de luy dire cela, et tu devois l'écouter.

Clitidas.

Je luy ay dit d'abord que je n'avois pas le loisir de l'entendre, mais après je luy ay donné audience. Eriphile.

Tu as bien fait.

Clitidas.

En vérité, c'est un homme qui me revient, un homme fait comme je veux que les hommes soyent faits : ne prenant point des manières bruyantes et des tons de voix assommans, sage et posé en toutes choses, ne parlant jamais que bien à propos, point prompt à décider, point du tout exagerateur incommode; et, quelques beaux vers que nos poètes luy ayent recité, je ne luy ay jamais oûy dire : « Voila qui est plus beau que tout ce qu'a jamais fait Homère 1 » Enfin, c'est un homme pour qui je me sens de l'inclination; et, si j'estois princesse, il ne seroit pas mal-heureux.

Eriphile.

C'est un homme d'un grand mérite, assurément; mais dequoy t'a-t-il parlé ?

Clitidas.

Il m'a demandé si vous aviez témoigné grande

2 5o LES AMANS MAGNIFIQUES.

joye au magnifique regale que Ton vous a donné, m'a parlé de vostre personne avec des transports les plus grands du monde , vous a mise au dessus du Ciel, et vous a donné toutes les louanges qu'on peut donner à la princesse la plus accomplie de la terre, entremeslant tout cela de plusieurs soupirs qui disoient plus qu'il ne vouloit. Enfin, à force de tourner de tous cotez, et de le presser sur la cause de cette profonde mélancholie dont toute la cour s'apperçoit, il a esté contraint de m 'avouer qu'il estoit amoureux.

Eriphile.

Comment , amoureux ! Quelle témérité est la sienne 1 C'est un extravagant que je ne verray de ma vie.

Coudas.

Dequoy vous plaignez-vous, Madame?

Eriphile.

Avoir l'audace de m'aymer, et, de plus, avoir l'audace de le dire !

Clitidas.

Ce n'est pas vous, Madame, dont il est amoureux.

Eriphile.

Ce n'est pas moy?

Clitidas.

Non, Madame : il vous respecte trop pour cela, et est trop sage pour y penser. Et de qui donc, Clitidas?

Clitidas.

D'une de vos filles, la jeune Arsinoé.

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