ACTE II, SCENE II. a5i
Eriphile.
A-t-elIe tant d'appas, qu'il n'ait trouvé qu'elle digne de son amour?
Clitidas.
Il l'ayme éperdue ment, et vous conjure d'honorer sa flâme de vostre protection.
Eriphile.
Moy?
Clitidas.
Non, non, Madame; je voy que la chose ne vous plaist pas. Vostre colère m'a obligé à prendre ce détour, et, pour vous dire la vérité, c'est vous qu'il ayme éperduëment.
Eriphile.
Vous estes un insolent de venir ainsi surprendre mes sentimens. Allons, sortez d'icy. Vous vous meslez de vouloir lire dans les âmes, de vouloir pénétrer dans les secrets du cœur d'une princesse ! Ostez-vous de mes «yeux , et que je ne vous voye jamais, Clitidas.
Clitidas.
Madame...
Eriphile.
Venez icy. Je vous pardonne cette affaire-là.
Trop de bonté, Madame.
Eriphile.
Mais à condition , prenez bien garde à ce que je vous dy, que vous, n'en ouvrirez la bouche à personne du monde, sur peine de la vie.
Clitidas.
Il suffit.
î5i LES AMANS MAGNIFIQUES.
Eriphile.
Sostrate t'a donc dit qu'il m'aymoit ?
Clitidas.
Non, Madame. Il faut vous dire la vérité : j'aj tiré de son cœur par surprise un secret qu'il veut cachera tout le monde, et avec lequel il est, dit-il, résolu de mourir. Il a esté au desespoir du vol subtil que je luy en ay fait , et , bien loin de me charger de vous le découvrir, il m'a conjuré avec toutes les instantes prières qu'on sçauroit faire de ne vous en rien révéler, et c'est trahison contre luy que ce que je viens de vous dire.
Eriphile.
Tant mieux. C'est par son seul respect qu'il peut me plaire, et, s'il estoit si hardy que de me déclarer son amour, il perdroit pour jamais et ma présence et mon estime.
Clitidas.
Ne craignez point, Madame...
Eriphile.
Le voicy. Souvenez-vous au moins, si vous estes sage, de la défence que je vous ay faite.
Clitidas.
Cela est fait, Madame; il ne faut pas estre courtisan indiscret.