SCENE PREMIERE
ARISTIONE, ERIPHILE.
Aristione.
De qui que cela soit, on ne peut rien de plus galand et de mieux entendu. Ma fille, j'ay voulu me séparer de tout le monde pour vous entretenir, et je veux que vous ne me cachiez rien de la vérité. N'auriez-vous point dans Tarne quelque inclination secrète que vous ne voulez pas nous dire?
Eriphile.
Moy, Madame?
Parlez à cœur ouvert, ma fille, ce que j'ay fait pour vous mérite bien que vous usiez avec moy de franchise. Tourner vers vous toutes mes pensées, vous préférer à toutes choses, et fermer l'oreille, en Testât où je suis, à toutes les propositions que cent princesses en ma place écouteroient avec bien-
sear. f ; tout cela vous doit assez persuader que je suis une bonne mère, et que je ne suis pas pour recevoir avec sévérité les ouvertures que vous pourriez me faire de vostre cœur.
Eriphile.
Si j'avois si mal suivy vostre exemple que de m'estre laissée aller à quelques sentimens d'inclination que j'eusse raison de cacher, j'aurois, Madame, assez de pouvoir sur moy-mesme pour imposer silence à cette passion, et me mettre en estât de ne rien faire voir qui fust indigne de vôtre sang.
Aristione.
Non, non, ma fille, vous pouvez sans scrupule m'ouvrir vos sentimens. Je n'ay point renfermé vostre inclination dans le choix de deux princes; vous pouvez l'étendre où vous voudrez, et le mérite, auprès de moy, tient un rang si considérable que je l'égale à tout, et, si vous m'avouez franchement les choses, vous me verrez souscrire sans répugnance au choix qu'aura fait vôtre cœur.
Eriphile-.
Vous avez des bontez pour moy, Madame, dont je ne puis assez me louer; mais je ne les mettray point à l'épreuve sur le sujet dont vous me parlez, et tout ce que je leur demande, c'est de ne point presser un mariage où je ne me sens pas encore bien résolue.
Aristione.
Jusqu'icy je vous ay laissée assez maistresse de tout, et l'impatience des princes vos amans... Mais quel bruit est-ce que j'entends? Ah ! ma fille, quel