‹ Théâtre complet, publChapitre 26 sur 191 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

vostre nom et vostre logis. Mais, à mon avis, il n'y a pas grand mal à cela : ce sont des personnes discrettes, et vous pouvez icy vous expliquer ensemble.

Harpagon.

Comment?

Maistre Simon.

Monsieur est la personne qui veut vous emprunter les quinze mille livres dont je vous ay parlé.

Harpagon.

Comment ! pendart, c'est toy qui t'abandonnes à ces coupables extremitez !

Cleante.

Comment ! mon père, c'est vous qui vous portez à ces honteuses actions !

[Maistre Simon et La Flèche sortent] Harpagon.

C'est toy qui te veux ruiner par des emprunts si condamnables !

C'est vous qui cherchez à vous enrichir par des usures si criminelles !

Harpagon.

Oses-tu bien, après cela, paroistre devant moi?

Cleante.

Osez-vous bien, après cela, vous présenter aux yeux du monde ?

Harpagon.

N'as-tu point de honte, dy-moy , d'en venir à ces débauches-là, de te précipiter dans des dépenses effroyables, et de faire une honteuse dissi-

pation du bien que tes parens t'ont amassé avec tant de sueurs?

Cleante.

Ne rougissez- vous point de des-honorer vostre condition par les commerces que vous faites, de sacrifier gloire et réputation au désir insatiable d'entasser escu sur escu, et de renchérir, en fait d'interests, sur les plus infâmes subtilitez qu'ayeni jamais inventées les plus célèbres usuriers?

Harpagon.

Oste-toy de mes yeux, coquin, oste-toy de mes yeux !

Cleante.

Qui est plus criminel, à vostre avis, ou celuy qui acheté un argent dont il a besoin, ou bien celuy qui vole un argent dont il n'a que faire?

Retire-toy, te dy-je, et ne m'échauffe pas les oreilles. [Seul.] Je ne suis pas fâché de cette avanture, et ce m'est un avis de tenir l'œil plus que jamais sur toutes ses actions.

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