LA FLECHE, FROSINE
La Flèche.
L'avanture est tout à fait drôle. Il faut bien qu'il ait quelque part un ample magasin de hardes, car nous n'avons rien reconnu au mémoire que nous avons.
Frosine.
Hé! c'est toy, mon pauvre La Flèche! D'où rient cette rencontre ?
Ah! ah! c'est toy, Frosine? Que viens-tu faire icy?
Frosine.
Ce que je fais par tout ailleurs : m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, et profiter du mieux qu'il m'est possible des petits talens que je puis avoir. Tu sçais que dans ce monde il faut vivre d'adresse, et qu'aux personnes comme moy le Ciel n'a donné d'autres rentes que l'intrigue et que l'industrie.
La Flèche.
As-tu quelque négoce avec le patron du logis ?
Frosine.
Oûy, je traitte pour luy quelque petite affaire dont j'espère une récompense.
La Flèche.
De luy ? Ah ! ma foy, tu seras bien fine si tu en tires quelque chose, et je te donne avis que l'argent céans est fort cher.
Frosine
Il y a de certains services qui touchent merveilleusement.
La Flèche.
Je suis vostre valet, et tu ne connois pas encor le seigneur Harpagon. Le seigneur Harpagon est de tous les humains l'humain le moins humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. Il n'est point de service qui pousse sa reconnoissance jusqu'à luy faire ouvrir les mains. De la louange, de l'estime, de la bienveillance en paroles et de l'amitié, tant qu'il vous plaira; mais de l'argent, point d'affaires. Il n'est rien de plus sec et de plus aride que ses bonnes grâces et ses caresses, et donner est un mot pour qui il a tant d'aversion qu'il ne dit jamais : Je vous donne, mais : Je vous preste le bon jour.
Frosine.
Mon Dieu, je sçay l'art de traire les hommes. J'ay le secret de m'ouvrir leur tendresse, de chatouiller leurs cœurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles.
La Flèche.
Bagatelles icy ! Je te défie d'attendrir, du costé de l'argent, l'homme dont il est question. Il est