ACTE III, SCENE I
Harpagon.
Allez... Vous, Brindavoine, et vous, La Merluche, je vous établis dans la charge de rincer les verres et de donner à boire, mais seulement lors que Ton aura soif, et non pas selon la coutume de certains impertinens de laquais qui viennent provoquer les gens, et les faire aviser de boire lors qu'on n'y songe pas. Attendez qu'on vous en demande plus d'une fois, et vous ressouvenez de porter toujours beaucoup d'eau.
Maistre Jacques, [à part], Oûy; le vin pur monte à la teste.
La Merluche.
Quitterons-nous nos siquenilles, Monsieur?
Harpagon.
Oûy, quand vous verrez venir les personnes; et gardez bien de gaster vos habits.
Brindavoine.
Vous sçavez bien, Monsieur, qu'un des devants de mon pourpoint est couvert d'une grande tache de l'huile de la lampe.
La Merluche.
Et moy, Monsieur, que j'ay mon haut-dechausses tout troué par derrière, et qu'on me voit, révérence parler...
Harpagon.
Paix! Rangez cela adroitement du costé de la muraille, et présentez toujours le devant au monde. [Harpagon met son chapeau au devant de son pourpoint pour montrer à Brindavoine comment il doit faire pour cacher la tache d'huile.) Et vous, tenez toujours vostre chapeau ainsi , lors que vous
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servirez. Pour vous , ma fille , vous aurez l'œil sur ce que Ton desservira, et prendrez garde qu'il ne s'en fasse aucun degast. Cela sied bien aux filles. Mais cependant préparez-vous à bien recevoir ma maistresse, qui vous doit venir visiter et vous mener avec elle à la foire. Entendez-vous ce que je vous dis ?
Oûy, mon père.
Harpagon.
Et vous, mon fils le damoiseau, à qui j'ay la bonté de pardonner l'histoire de tantost, ne vous allez pas aviser non plus de luy faire mauvais visage.
Cleante.
Moy, mon père ? mauvais visage ? Et par quelle raison ?
Harpagon.
Mon Dieu, nous sçavons le train des enfans dont les pères se remarient, et de quel œil ils ont coutume de regarder ce qu'on appelle belle-mere. Mais, si vous souhaitez que je perde le souvenir de vostre dernière fredeine, je vous recommande sur tout de régaler d'un bon visage cette personnelà, et de luy faire enfin tout le meilleur accueil qu'il vous sera possible.
Cleante.
A vous dire le vray, mon père, je ne puis pas vous promettre d'estre bien aise qu'elle devienne ma belle-mere. Je mentirois si je vous le disois; mais, pour ce qui est de la bien recevoir et de luy