ACTE III, SCENE I
faire bon visage , je vous promets de vous obeïr ponctuellement sur ce chapitre.
Prenez-y garde au moins.
Vous verrez que vous n'aurez pas sujet de vous en plaindre.
Harpagon.
Vous ferez sagement. Valere, aide-moy à cecy. Ho-çà, Maistre Jacques, approchez-vous; je vous ay gardé pour le dernier.
Maistre Jacques.
Est-ce à vostre cocher, Monsieur, ou bien à vostre cuisinier que vous voulez parler? car je suis Fun et l'autre.
Harpago C'est à tous les deux.
Maistre Jacques.
Mais à qui des deux le premier?
Harpagon.
Au cuisinier.
Maistre Jacques.
Attendez donc , s'il vous plaist.
(// oste sa casaque de cocher et paroist vestu en cuisinier.)
Harpagon.
Quelle diantre de cérémonie est-ce là?
Maistre Jacques.
Vous n'avez qu'à parler.
Harpagon.
Je me suis engagé , Maistre Jacques, à donner ce soir à souper.
6a L'AVARE.
Maistre Jacques.
Grande merveille !
Harpagon.
Dy-moy un peu, nous feras-tu bonne chère?
Maistre Jacques.
Oûy, si vous me donnez bien de l'argent.
Harpagon.
Que. diable ! toujours de l'argent ! Il semble qu'ils n'ayent autre chose à dire : de l'argent, de l'argent , de l'argent ! Ah ! ils n'ont que ce mot à la bouche, de l'argent! Toujours parler d'argent! Voila leur épée de chevet, de l'argent !
Valere.
Je n'ay jamais veu de réponse plus impertinente que celle-là. Voila une belle merveille que de faire bonne chère avec bien de l'argent! C'est une chose la plus aisée du monde, et il n'y a si pauvre esprit qui n'en fist bien autant ; mais, pour agir en habile homme, il faut parler de faire bonne chère avec peu d'argent.
Maistre Jacques.
Bonne chère avec peu d'argent ?
Valere.
Oûy.
Maistre Jacques.
Par ma foy, Monsieur l'intendant, vous nous obligerez de nous faire voir ce secret, et de prendre mon office de cuisinier: aussi bien vousmeslezvous céans d'estre le factoton.
Harpagon.
Taisez-vous. Qu'est-ce qu'il nous faudra?