ACTE III, SCENE I
Maistre Jacques.
Voila monsieur vostre intendant qui vous fera bonne chère pour peu d'argent.
Harpagon.
Haye ! Je veux que tu me répondes.
Maistre Jacques.
Combien serez-vous de gens à table ?
Harpagon.
Nous serons huit ou dix; mais il ne faut prendre que huit. Quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix. ,
Valere.
Cela s'entend.
Maistre Jacques.
Hé bien, il faudra quatre grands potages et cinq assiettes. Potages... Entrées...
Harpagon.
Que diable ! voila pour traitter toute une ville entière !
Maistre Jacques.
Rost...
Harpagon, en luy mettant la main sur la bouche. Ah ! traistre , tu manges tout mon. bien !
Maistre Jacques.
Entremets...
Harpagon.
Encor?
Valere.
Est-ce que vous avez envie de faire crever tout
le monde? et Monsieur a-t-il invité des gens pour
les assassiner à force de mangeaille ? Allez-vous-en
lire un peu les préceptes de la santé, et demander
aux médecins s'il y a rien de plus préjudiciable à l'homme que de manger avec excès.
Harpagon.
Il a raison.
Valere.
Apprenez, Maistre Jacques, vous et vos pareils, que c'est un coupe-gorge qu'une table remplie de trop de viandes; que, pour se bien montrer amy de ceux que Ton invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu'on donne, et que, suivant le dire d'un ancien, il, faut manger pour vivre 9 et non pas vivrt pour manger.
Harpagon.
Ah! que cela est bien dit! Approche, que je t'embrasse pour ce mot. Voila la plus belle sentence que j'aye entendu de ma vie. Il faut vivre pour manger, et non pas manger pourvi.... Non, ce n'est pas cela. Comment est-ce que tu dis?
Valere.
Qu'il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger .
Harpagon.
Oûy. Entens-tu? Qui est le grand homme qui a dit cela?
Valere.
Je ne me souviens pas maintenant de son nom.
Souviens-toy de m'écrire ces* mots. Je les veux faire graver en lettres d'or sur la cheminée de ma salle.
Valere.
Je n'y manqueray pas. Et, pour vostre soupe,