‹ Théâtre complet, publChapitre 40 sur 191 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Harpagon.

Paix!

Maistre Jacques.

Monsieur, je ne sçaurois souffrir les flatteurs ; et je voy que ce qu'il en fait, que ses contrôles perpétuels sur le pain et le vin, le bois, le sel et la chandelle, ne sont rien que pour vous gratter et vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis fâché tous les jours d'entendre ce qu'on dit de vous : car enfin je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aye; et, après mes chevaux, vous estes la personne que j'aime le plus. Harpagon.

Pourrois-je sçavoir de vous, Maistre Jacques, ce que l'on dit de moy ?

Maistre Jacques.

Oûy, Monsieur, si j'estois assuré que cela ne vous fâchast point.

Harpagon.

Non, en aucune façon.

Maistre Jacques.

Pardonnez-moy, je sçay fort bien que je vous mettrois en colère.

Point du tout; au contraire, c'est me faire plaisir, et je suis bien aise d'apprendre comme on parle de moy.

Maistre Jacques.

Monsieur, puis que vous le voulez, je vous

diray franchement qu'on se moque par tout de

vous; qu'on nous jette de tous costez cent brocards

à vostre sujet, et que l'on n'est pojnt plus ravy que

de vous tenir au cul et aux chausses, et de faire sans cesse des contes de vostre lezine. L'un dit que vous faistes imprimer des almanacs particuliers où vous faites doubler les quatre-temset les vigiles, afin de profiter des jeusnes où vous obligez vostre monde; l'autre, que vous avez toujours une querelle toute preste à faire à vos valets dans le temps des estrennes ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien. Celuylà conte qu'une fois vous fistes assigner le chat d'un de vos voisins pour vous avoir mangé un reste d'un gigot de mouton ; celuy-cy, que l'on vous surprit une nuit en venant dérober vous-mesme l'avoine de vos chevaux, et que vostre cocher, qui estoit celuy d'avant moy, vous donna dans l'obscurité je ne sçay combien de coups de baston dont vous ne voulustes rien dire. Enfin, voulezvous que je vous dise? on ne sçauroit aller nullepart où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces. Vous estes la fable et la risée de tout le monde, et jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-mathieu.

Harpagon, en le bâtant.

Vous estes un sot, un maraut, un coquin et un impudent.

Maistre Jacques.

Hé bien ! ne l'avois-je pas deviné ? Vous ne m'avez pas voulu croire. Je vous l'avois bien dit que je vous fâcherois de vous dire la vérité. Harpagon.

Apprenez à parler.

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