‹ Théâtre complet, publChapitre 53 sur 191 · ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I

Mariàni.

Mais que voulez-vous que je fasse ? Quand je pouirois passer sut quantité d'égards ok nostre sexe est obligé , j'ay de la considération pour ma mère. Elle m'a toujours élevée avec une tendresse extrême, et je ne sçaurois me résoudre à luy donner du déplaisir. Faites, agissez auprès d'elle ; employez tous vos soins à gagner son esprit. Vous pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez, je vous en donne la licence; et, s'il ne tient qu'à me déclarer en vostre faveur, je veux bien consentir à luy faire un aveu moy-mesae de tout ce que je sens pour vous.

Cleanti.

Frosine, ma pauvre Frosine, voudfois-tu nous servir ?

Frosine.

Par ma foy, faut-il le demander ? Je le voudrois de tout mon cœur. Vous sçavez que de mon naturel je suis assez humaine. Le Ciel ne m'a point fait Pâme de bronze, et je n'ay que trop de tendresse à rendre de petits services, quand je voy des gens qui s'entre-aiment en tout bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à cecy?

Songe un peu, je te prie.

Mariâne.

Ouvre-nous des lumières.

Elise.

Trouve quelque invention pour rompre ce que tu as fait.

Frosine.

Cecy est assez difficile. [A Mariant.] Pour vostre mère, elle n'est pas tout à fait déraisonnable, et peut-estre pourroit-on la gagner et la résoudre à transporter au fils le don qu'elle veut faire au père. [A Citante] Mais le mal que j'y trouve, c'est que vostre père est vostre père.

Cleante.

Cela s'entend.

Frosine.

Je veux dire qu'il conservera du dépit, si l'on montre qu'on le refuse, et qu'il ne sera point d'humeur en suite à donner son consentement à vostre mariage. Il faudroit, pour bien faire, que le refus vînt de luy-mesme, et tâcher par quelque moyen de le dégouster de vostre personne.

Cleante.

Tu as raison.

Oûy, j'ay raison, je le sçay bien. C'est là ce qu'il faudroit; mais le diantre est d'en pouvoir trouver les moyens. Attendez : si nous avions quelque femme un peu sur l'âge qui fust de mon talent, et joûast assez bien pour contrefaire une dame de qualité par le moyen d'un train fait à la haste et d'un bizarre nom de marquise ou de vicomtesse, que nous suposerions de la Basse-Bretagne, j'aurois assez d'adresse pour faire accroire à vostre père que ce seroit une personne riche, outre ses maisons, de cent mille escus en argent comptant ; qu'elle seroit éperduëment amoureuse de luy, et souhaiteroit de se voir sa femme jusqu'à luy donner

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