SCENE PREMIERE
JULIE, ERASTE, NERINE.
Julie.
Mon Dieu , Eraste , gardons d'estre surpris : je tremble qu'on ne nous voye ensemble; et tout seroit perdu, après la défense que l'on m'a faite.
Je regarde de tous cotez, et je n'apperçoy rien.
Julie.
Aye aussi l'œil au guet , Nerine , et prens bien garde qu'il ne vienne personne.
i38 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.
Nerine.
Reposez-vous sur moy, et dites hardiment ce que vous avez à vous dire.
Julie.
Avez-vous imaginé pour nostre affaire quelque *hose de favorable ? et croyez-vous , Eraste , pouvoir venir à bout de détourner ce fâcheux mariage -que mon père s'est mis en teste?
Eraste.
Au moins y travaillons-nous fortement , et déjà nous avons préparé un bon nombre de batteries pour renverser ce dessein ridicule.
Nerine.
Par ma foy, voila vostre père !
Julie.
Ah ! separons-nous viste.
Nerine.
Non, non, non; ne bougez, je m'estois trompée.
Julie.
Mon Dieu , Nerine , que tu es sotte de nous •donner de ces frayeurs !
Eraste.
Oùy, belle Julie , nous avons dressé pour cela quantité de machines, et nous ne feignons point -de mettre tout en usage , sur la permission que vous m'avez donnée. Ne nous demandez point tous les ressorts que nous ferons jouer, vous en aurez le divertissement ; et, comme aux comédies, il est bon de vous laisser le plaisir de la surprise, et de ne vous avertir point de tout ce qu'on vous fera voir : c'est assez de vous dire que nous avons -en main divers stratagèmes tout prests à produire