‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 13 sur 194 · SCÈNE XÎI DASPRE, puis PAUL · texte numérisé non relu

SCÈNE XÎI DASPRE, puis PAUL

DASPRE, se frottant les mains

Chaperon! Adorable!... Oh! mais! ça va! ça va!

(// envoie des baisers à la porte de gauche. Paul entre à ce momcnl par celle de droite.)

PAUL Quel est cet agité?

(// tousse.)

DASPRE, se retournant et confus Oh! pardon! (Saluant.) Monsieur...

PAUL, faisant un pas menaçant vers lui

Monsieur!... Monsieur!... ( // s'arrête et sonne. A Ernest qui entre.) Reconduisez monsieur et revenez... {Salut aimable de Daspre, glacial de Paul. Daspre sort.) Je ne pouvais tout de même pas passer mes nerfs sur ce sénateur. Ah! s'il avait été moins chenu, je ne dis pas. Ça m'aurait soulagé. {A Ernest qui rentre.) Ces dames sont là?

ERNEST Oui, Monsieur.

Bon. Priez-les de venir me parler.

{Ernest sort à gauche.)

PAUL, considérant la table et les gâteaux

Madame a réuni ses flirts maritimes! Encore! Tou-

jours! (// mange plusieurs petits fours. Examinant les papiers.) Rebattel! Je t'en ficherai, moi, du RebattetI

{Entrent Juliette, prête à sortir, et M"" Cirre//e.)

5ŒA^£ A7// M-^ CIRIETTE, PAUL, JULIETTE

M°*^ CIRIETTE Bonjour, Paul; vous nous avez demandées?

PAUL Oui.

M™* CIRIETTE

Il paraît que, pendant mon absence, il s'est passé ici des choses...

PAUL Regrettables.

M™^ CIRIETTE C'est-à-dire que vous regrettez?

PAUL Fichtre non!

JULIETTE, agressive Moi non plus, vous savez.

Je sais, je vous connais.

Mal.

Trop.

Mes enfants!

JULIETTE

PAUL M"*' CIRIETTE

JULIETTE

Oh ! pardon ! tu n'as ici qu'une enfant, moi ! Monsieur est peut-être un enfant, mais ça n'est pas ton enfant. En tout cas, il ne l'est que par contre-coup.

PAUL

Contre-coup! Ah! vous avez des mots heureux, ma chère I

JULIETTE, comprenant

Oh! oh! j'ai bien la tête à ces plaisanteries! Vous choisissez mal votre moment, mon cher, pour faire votre grivois.

PAUL, les ^eux au àel

Je fais mon grivois!

M"'^ CIRIETTE

Mes... mes amis!

PAUL

Oh! pardon! Vous n'avez ici qu'un ami, chère madame Ciriettc! Moi! Madame est votre enfant, l'unique, la seule, la brevetée, mais votre amie, ah! fichtre non! Au contraire!

M™« CIRIETTE

C'est-à-dire... Paul, Juliette!...

{Juliette hausse les épaules et prend le Figaro sur une table. Elle le déplie.)

p PAUL, à mi-voix, à M™' Ciriette

Ce journal! vous vous imaginez qu'elle le lit pour elle? Erreur, chère madame, elle le lit contre moi.

M""^ CIRIETTE Vous êtes d'ime injustice!

PAUL

Soit! c'est moi qui ai tort. Votre Juliette est en or, comme le tambour-major. Elle a un cœur d'or. Elle parle d'or. Son silence est d'or. Ce n'est pas une fille, c'est un filon.

M"*^ CIRIETTE, riant malgré elle

Vous êtes stupide. {Dans le froid.) La Bourse était bonne aujourd'hui?

PAUL, ailleurs

Faible. Mais, vous savez, la faiblesse n'est pas de la bonté. {Montrant Julielie, à mi-voix.) Elle sort?

M™^ CIRIETTE Vous voyez.

PAUL

Peut-on savoir où elle va?

Faire des emplettes.

PAUL Ah! — Elle part toujours après-demain?

M"^ CIRIETTE Toujours.

PAUL

Pour cet abomi»able Cabourg?

M"^ CIRIETTE De plus en plus.

PAUL Parfait.

{Juliette rentre un moment dans sa chambre.)

PAUL, élevant la voix Et vous sortiez avec elle?

M™* CIRIETTE Elle m'en avait prié.

PAUL Vous l'approuvez donc?

M'"'' CIRIETTE Ah! Dieu noa!

PAUL Alors?

M™^ CIRIETTE

Accompagner sa fille dans des magasins, ce n'est pas une opinion.

Allons donc! c'est presque de la complicité.

M"^ CIRIETTE Paul!

PAUL Faites-moi l'amitié de la laisser sortir seule et de me tenir compagnie... D'abord, ça m'empêchera de faire des

bêtises... car j'ai les nerfs très tendus depuis ce matin... et tout à l'heure, tenez, j'ai eu beaucoup de mal à ne pas endommager un vieil imbécile que j'ai trouvé là en train de distribuer des baisers à mes potiches.

M""' CIRIETTE Daspre!... Vous avez faiUi abîmer Daspre!

PAUL Oui, j'ai failli.

{Juliette rentre, s'assied au secrétaire de gauche et écrit rapidement.)

PAUL, à mi-voix, robservani Qu'est-ce qu'elle fait?

M""® CIRIETTE, observant à son tour Elle écrit, il me semble.

PAUL II me semble aussi... A qui?

M'"'' CIRIETTE Voulez-vous que je le lui demande?

PAUL Non.

M""' CIRIETTE C'est cependant le seul moyen de le savoir.

Malheureusement ce moyen atteindrait ma dignité!

M™^ CIRIETTE Oh! voire dignilcl... Quand on aime...

PAUL

Quand on aime, oui ; mais je n'aime pas, ou du moins je n'aime plus. Qu'elle écrive à qui lui plaira; je ne suis pas jaloux.

M™^ CIRIETTE

Non, c'est le chat.

PAUL Vous restez, hein?

M""^ CIRIETTE Si vous y tenez!

PAUL

J'y tiens. Nous avons à causer très sérieusement. Les choses ont pris depuis ce matin une tournure telle qu'un entretien entre nous s'impose, un entretien décisif. Ayonsle, en attendant que cette jeune personne rentre; car elle rentrera, j'imagine.

M"* CIRIETTE Aimeriez- vous mieux...?

PAUL Ma foi, presque!...

M"*' CIRIETTE Imprudent !

PAUL Héroïque !

Oui, l'héroïsme des gens qui ragent, tant qu'ils ragent. {Juliette se lève et cachette une lettre.)

JULIETTE Là, je suis prête... Viens-tu, maman?...

M™® CIRIETTE Hum!... C'est que...

JULIETTE

Tu préfères rester? A ton aise! Veux-tu me retrouver dans une demi- heure, au Ritz?

M""'' CIRIETTE

Soit!

PAUL

Faites-moi donc l'amitié de ne pas rentrer trop tard. J'ai à vous parler.

JULIETTE Pour ce que nous avons à nous dire.

PAUL

C'est ce qui vous tromf)e. Exceptionnellement, cette conversation pourra présenter im intérêt véritable.

JULIETTE

Alors, pour la rareté du fait, je n'aurai garde d'y manquer.

PAUL

Dans ces conditions, j'ai un espoir de vous revoir avant neuf heures.

EUpoir charmant!

{Elle fredonne, cache ostensiblement dans son corsage le billet quelle vient d'écrire et sort avec un air de défi.)

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