‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 130 sur 194 · SCÈNE V MARIETTE. LE HIBEL · texte numérisé non relu

SCÈNE V MARIETTE. LE HIBEL

{Avant d'enlever sa pelisse. Le Hibel sort de toute* ses poches des tas de journaux.)

MARIETTE, riant

Ce n'est pas possible! Vous avez dévah'sé un kiosque! Qu'est-ce que c'est que ces feuilles?

LE HIBEL

Mais votre presse. Je sais par oceur tou» ces articles; je 1:8 ai lus dix fois.

Vous êtes un amour d'auni.

LE HIBEL

Non, je suis un homme qui aime lancer les artistes, et vous, ma chère Mariette, oh! pardon... Maryse, vous êtes partie comme une fusée. Je suis très content de vous.

MARIETTE

Vous êtes induIgenL

LE HIBEL Je suis fier aussi.

MARIETTE, riant L'orgueil touchant: des mères d'actrices.

LF. HIBEL

Le résultat dépasse mes espérances; ma petite dernière a un énorme laleuL Elle a dansé comme une nymphe.

MARIETTE J'avais en tout cas la cuisse émue.

LE HIBZL

Vous voilà étoile! {Montrant /es journaux.) Tous parlent de votre triomphe.

MARIETTE

Ils exagèrent. Tenez, Paris, c'est Gogoville; ce qu'on les emballe facilement dès qu'ils vous ont à la bonne! {Riant.) A la bonne, en ce qui me concerne, c'est asBez drôle I

LE HIBEL, riant

Au moins, vous, vous ne reniez pas vos origine» !

MARIETTE, riant

Mais je ne m'en fais pas accroire, et si je ne vous av2us pas rencontré...

LE HIBEL

Vous en auriez rencontré un autre. L'indispensable était d'avoir du talent, et vous en aviez.

MARIETTE

J'ai eu celui de vous plaire, c'est le principal. Tenez, cet hôtel que vous m'avez offert, avenue de Messine.

LE HIBEL Il est à votre goût?

MARIETTE

Je l'adore. Si j'étais encore camériste, je le maudirais sans doute à cause des étages; mais comme propriétaire, je les trouve beaucoup moins durs à monter.

LE HIBEL, riant

Effet d'optique pour jambes assez fréquent. {Un temps.) Alors?

MARIETTE

J'allais y arriver. La soirée d'hier a-t-elle fait de moi une vedette?

LE HIBEL Je le crains.

MARIETTE

Ce ne serait donc plus une mésalliance pour un Le Hibel de...

Je le crois.

MARIETTE Alors, l'heure me paraît venue...

LE HIBEL

A moi aussi, mais uniquement si vous en avez le désir. Ne vous croyez surtout pas obligée de me prouver votre reconnaissance...

MARIETTE

Conune vous me connaissez mal, cher amil Si ça ne me faisait pas plaisir, je me réfugierais dans l'ingratitude.

LE HIBEL, lui baisant la main

Vous êtes exquise. Alors, vous m'autorisez à vous inviter à souper ce soir?

MARIETTE

Très volontiers. Je mettrai même pour vous faire honneur un amour de robe qu'on vient de me livrer.

LE HIBEL Bravo I Nous souperons au Veau sur la Coupole.

MARIETTE

Après je vous inviterai à me raccompagner chez moi... chez nous.

LE HIBEL

Ce programme me ravit. {Changeant de ton.) Mais comme vous me plaisez beaucoup, presque trop, et qu'à mon âge l'emballement est toujoiurs à craindre...

MARIETTE, sceptique Ohl vous...

174 L'AUTRUŒE

LE HIBEL

Je rois fait de la même pâle que les autres... il faut que je vous pose une toute petite question, simplement pour qu'il n'y ait pas de malentendu entre nous.

MARIETTE

Je suis prête à vous répondre.

LE HIBEL Je désirerais savoir...

MARIETTE S'il n'y a rien dans ma vie?

LE HIBEL

C'est ça. Vous pouvez tout me dire. Il me sera beaucoup moins désagréable d'apprendre de vous la vérité que de la surprendre. Ne me traitez pas comme les camarades; ne me mentez pas; nous valons mieux que ça tous les deux.

MARIETTE

Je suis très touchée. — E'n bieni je vous le dis en toute sincérité, il n'y a rien dans ma vie.

LE HIBEL

Rien?

MARIETTE

Rien.

LE HîBEL

Pas le

moindre

rcman?

MARIETTE

Pas lo moindre.

LE HIBEL C'est invraisemblable!

MARIETTE

C'est la vérité pourtant. Oh! il a failli y avoir quelque chose,

LE HîBEL Ah! ah!

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