SCÈNE XI DARCIER. BOURLAND
BOURLAND
C'est bien ce que je pensais. Le dossier était chez moi. J'en étais sûr. Je vous demande pardon.
DARCIER, très doucement Ne vous frappez pas. Ça n'a pas d'importance.
BOURLAND
Si! si! Seulement, en ce moment, vous comprenez... J'ai une excuse... Ce mariage...
DARCIER
Mais oui, mais oui... Je ne vous en veux pas. {Un temps.) Vous aimez votre fiancée, Bourland?
BOURLAND Beaucoup, mon cher maître.
DARCIER, peu à peu ému Tâchez de l'aimer longtemps, toujours! Voyez-vous, mon petit, on n'est pas forcé de se marier. Mais si l'on se marie, il faut aimer à domicile; il faut aimer la femme que l'on a près de soi, à la portée de ses lèvres, à la portée de son cœur. Il ne faut pas commettre la
folie d'aimer en dehors du foyer. Sinon, voyez-vous, le foyer s'éteint. La maison devient glaciale. On y meurt de froid. Mais je ne sais pas pourquoi je vous raconte toutes ces histoires; ce soir, je vous promets une soirée gaie. Ah! oui, car je vous garde, mon petit, je vous emmène dîner dehors. Si! si! ne me le refusez pas. Je vous le demande comme un service.
BOURLAND Alors...
DARCIER
Et pas un mot ici, n'est-ce pas? Décidément, nous travaillerons demain; je ne suis pas en train, aujourd'hui. Allez vous habiller et revenez me prendre dans une heure.
BOURLAND
Comme vous voudrez, mon cher maître.
(// remonte.) DARCIER
Vous ne trouvez pas qu'il fait ici un froid de canard?
BOURLAND Ma foi non.
DARCIER
Vous êtes jeune, mon petit. C'est cependant déjà novembre et ça se sent. Brrr! — A tout à l'heure.
Bourland sort. Dès quil est seul. Darder se cache la figure dans les mains et pleure comme un enfant. Il nenterid pas Simone qui entre tout doucement, le contemple avec une infinie tendresse attristée et s'éloigne sur la pointe des pieds pendant que le rideau baisse.