SUZANNE JULIETTE SUZANNE JULIETTE
Quand?
Après-demain.
Ca bourg?
Cabourg.
SUZANNE Ail right! Et maintenant, qu'est-ce qui s'est passé ici?
JULIETTE Du drame. Scène terrible avec Paul.
SUZANNE, intéressée Raconte.
{Elle s'assied sur un pouf.)
JULIETTE
Tu connais nos caractères. Ils ne s'accordent pas. C'est un fait. Ça n'a d'ailleurs pas une autre importance. Si tous les gens mariés devaient avoir des caractères qui s'accordent, le mariage aurait vécu depuis longtemps.
SUZANNE A qui le dis-tu!
JULIETTE
Donc, depuis longtemps, ça ne marchait pas fort entre Paul et moi... depuis, oh! mon Dieu! depuis l'été dernier, depuis Cabourg... notre Cabourg.
SUZANNE
Nous avons passé là six semaines délicieuses. On s'est amusées comme des folles : tennis, golf, auto, flirts I
JULIETTE
Et quels flirts! Gandard! Sorbier! Benjol! Paul ne me l'a pas encore pardonné.
SUZANNE Ni à eux.
JULIETTE Brusquement, monsieur s'est avisé d'être jaloux.
SUZANNE
Après trois ans de mariage, c'était d'un manque de tact!
JULIETTE
Encore si je n'avais eu qu'un fiirt, j'aurais compris. Mais j'en avais trois!
SUZANNE Ils se neutralisaient!
JULIETTE
Justement! Mais je passe. Rentrée à Paris, je suppx)sais que monsieur s'amadouerait, consentirait à faire la connaissance de mes amis. Il s'y est refusé avec énergie. Il m'a déclaré qu'il me laissait libre de les inviter, si bon me semblait, mais qu'il n'entrerait jamais en relations avec eux. Il s'imaginait que j'allais les lui sacrifier. Enfant! Vingt-quatre heures après, je les conviais tous à prendre le thé, comme aujourd'hui. Tête de Paul! Il ne pouvait rien dire. Il ne dit rien. Et depuis dix mois il se tait, boude, me fait des têtes!... J'étais exaspérée. II fallait en finir.
SUZANNE Le 1 0 juillet, il était temps.
JULIETTE
Précisément. Dans quatre jours, la nation se fête et les honnêtes gens se défilent. J'ai profité de ce que maman déjeunait en ville pour aborder tout à l'heure le problème estival. — La poire, le fromage, le problème, lui, moi.
— (( Moi Quand partons-nous? — Lui. Je ne sais pas. — Moi Où allons-nous? — Lui Je ne m'en doute pas. — Moi Ah bah! Eh bien, moi, je suis fixée. Nous partons après-demain, à deux heures trente, pour Cabourg. — Lui Vraiment? — Moi Vraiment! J'ai retenu des chambres à l'Hôtel Métropole, en attendant la villa rêvée. — Lui A merveille... mais nous partons... qui ça, nous? — Moi Maman, toi et moi, j'imagine.
— Lui Erreur! Ta maman et toi peut-être. Moi, pas!
— Moi Comme tu voudras! — Lui J'ajoute que je ne mettrai pas les pieds à CabouTg de tout l'été. — Moi Ajoute. — Lui Et je terminerai en t'assurant, ma chère petite, que si tu y vas contre mon gré, car je te défends d'y aller, quand tu rentreras à Paris, tu ne me trouveras plus ici. — Moi Et où te trouverai-je? — Lui Dieu le sait, et encore! — Moi Parfait! — Lui Tu es avertie.
— Moi J'en vaux donc deux. — Lui Tu feras comme il te plaira. — Moi Je ferai. — Lui Bonsoir, ma chérie. — Moi. Bonsoir... » Et, là-dessus, ce sale type est parti pour «a sale Bourse en sifflant la « Chichirinette. »
SUZANNE, ravie
Oh! mais c'est grave!
Je te le disais. Nous entrons dans le drame.
4JFOIS 7. 28 II
SUZANNE
Bien entendu, tu ne céderas pas.
JULIETTE
Moi, céder! Mais j'aimerais mieux... Heureusement, maman n'était pas là. Elle aurait tout arrangé ou essayé, au moins. Et elle aurait peut-être réussi. Paul est si aimable avec elle. Par bonheur, elle déjeunait chez l'étranger, ce matin! Mais quelle surprise en rentrant, ma fine!
SUZANNE
Et tu crois qu'elle t'accompagnera là-bas, malgré la défense de Paul?
JULIETTE
Si je crois? J'en sims sûre! Elle l'aime bien, lui; mais moi, elle m'adore. Chez elle, la bonté prime la beauté. Avant d'être belle-mère, elle est bonne mère.
SUZANNE Je la coimais. — Alors, nous louons tous à Cabourg?
JULIETTE Louez.
SUZANNE
On peut compter sur toi, quoi qu'il arrive? JULIETTE
On peut. Je me suis juré d'aller à Cabourg cet été; j'irai coûte que coûte, sur les mains s'il le faut, et il m'y rejoindra.
SUZANNE Oh! ça!
JULIETTE
Je l'y engage. Car s'il m'y laisse seule, tant pis pour lui!