‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 22 sur 194 · SCÈNE m DASPRE, BENJOL · texte numérisé non relu

SCÈNE m DASPRE, BENJOL

BENJOL Bonsoir, mon oncle chéri.

DASPRE Bonsoir, mon neveu... cher.

BENJOL Comment vas-tu?

DASPRE

Combien te faut-il? Dis-moi donc oii en sont tes affaires?

BENJOL

De cœur?... Je voudrais bien le savoir. Cette petite Juliette, c'est le Sphinx. Je me croyais ceF>endant dessalé en matière de femmes. La peau!... leur charmante et mystérieuse peau! Je m'y connais peut-être, mais je ne les connais pas. {A Victor, qui sort.) Victor, un champagne-coktail,

VICTOR Biext, monsieur.

(// remonte.) BENJOL

Oui, c'est comme ça! Elle me plaît. Je suis sûr de lui plaire. Elle va être libre. Et jamais je ne me suis senti moins de chances.

DASPRE Mais pourquoi?

Je te le demande... Mariée, elle était charmante avec moi. Divorcée ou sur le point de l'être, elle m'évite. Je n'y comprends rien.

DASPRE Sorbier?

BENJOL

Non... Elle s'affiche avec lui, elle se fait compromettre par lui... mais je suis sûr que rien... pas ça!...

Alors?

DASPRE

BENJOL

Mystère! Aussi,

pour me distraire, je joue,

Et tu p>erds?

DASPRE

Bien entendu.

BENJOL

DASPRE Allons, combien te faut-il?

BENJOL Cent louis.

DASPRE, comptant les billets

A la bonne heure! Voilà un apéritif... Tu sais que je ne te pardonnerai que si tu triomphes.

BENJOL A cause de la mère?

A cause de la fille, à cause de tout. Je veux avoir chez

toi rintérieur que je n'ai pas pu avoir pour moi. Tu es ma dernière carte. Je te joue. Si tu me fais perdre...

BENJOL C'est bon ! c'est bon ! On tâchera de gagner.

DASPRE Tiens, misérable.

(// lui tend les billets, que Benjol empoche.)

BENJOL, apercevant Candard, qui paraît à droite, second plan

Ah! Gandard! (Chantant.) « Tiens, voilà Gandard! comment vas-tu, ma vieille?... »

SCËNE IV Les Mêmes. GANDARD

BENJOL

Salut, Gandard; d'où sortez-vous à cette heure-ci?

GANDARD

Je descends de chez moi. Je quitte ma mère à l'instant. La pauvre femme a une de ces migraines !

BENJOL Et vous, toujours pincé?

GANDARD

Chut!

A quoi bon ce mystère? Vous êtes anaoureux de notre

Juliette, comme Sorbier, comme moi... Seulement, vous, vous l'êtes autrement que nous... Chez vous, c'est l'âme qui trinque.

GANDARD Et comment!

DASPRE

Vous ne voulez rien prendre? Un cocktail?

GANDARD Merci... Jamais d'alcool.

BENJOL

Quelle chance! Il n'aurait eu qu'à exhaler sa douleur, comme un berger antique, sur les chalumeaux; nous aurions été bien.

GANDARD

C'est ça! moquez-vous! C'est chic!

BENJOL

Sans rancune, hein?

{Geste bénin de Gandard, qui remonte.)

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