‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 40 sur 194 · SCÈNE /// PAUL, SUZANNE. DASPRE. LANGLIN · texte numérisé non relu

SCÈNE /// PAUL, SUZANNE. DASPRE. LANGLIN

PAUL, sans enthousiasme

C'est gentil, çal Asseyez-vous donc, je vous en prie.

(// se lève.)

SUZANNE Non! non! Ne vous dérangez pas! Un blessé.

PAUL, montrant son doigt Oh!

LANGLIN Ma femme a raison, mon cher; il ne faut pas plaisanter avec ces petites machines-là. On ne sait jamais.

{Paul parait absent.)

SUZANNE Qu'est-ce que vous avez?... On dirait que vous êtes rêveur.

PAUL Mais non! mais non! Quelle idée!

DASPRE Vous avez pa'^sé une bonne nuit?

PAUL Excellente... Et votre neveu?

DASPRE

Pas fameuse! Le pau\Te garçon! il n'avait pas fait d'armes depuis le régiment. Ce sacré duel lui a donné une courbature. Pensez donc! Six reprises!

SUZANNE Avant la déchirure à l'épaule.

PAUL

Six reprises et ime déchirure. On croirait une histoire de couturières.

LANGLIN, riant gras C'est ma foi vrai ! Je n'y avais pas pensé !

PAUL On ne saurait penser à tout.

LA JOLIE, paraissant sur la porte M'sieu! m'sieu!

PAUL Hein!... quoi? '

LA JOLIE, de loin C'est-y r temps d' faire les avances?

PAUL, riant

Oui... Cette fille est impayable. Toute cette télégraphie est pour vous offrir à goûter. Vous prendrez bien un peu de lait, du pain, des fruits?

SUZANNE

Merci, je n'ai pas faim.

LANGLIN

Et moi, je ne prends jamais rien entre mes repas. Il faut laisser chômer l'estomac. C'est un serviteur, que diable! ce n'est pas un esclave; il a droit au repos alimentaire.

m rit.) PAUL, qm na pas souri

Très drôle!... Mais je connais ce cher Daspre! Il me tiendra compagnie.

DASPRE

Ma foi!

LA JOLIE, apportant des assiettes de gâteaux M'sieu, v'ià déjà d'ia garniture.

PAUL Deux tasses de lait bien tiré!

LA JOLIE Bien, m'sieu!

LANGLIN, regarde sa montre et fait signe à sa femme Psst! Psst!

PAUL, en se retournant, voit Suzanne et Langlin levés Vous partez?

SUZANNE

Hélas! mon mari est un homme méthodique. Il serait malade s'il ne faisait pas, avant quatre heures, sa promenade quotidienne.

PAUL

Oh! alors, je n'insiste pas... Contrarier im plan aussi établi !

LANGLIN

Le bonheur, voyez-vous, c'est une question d'horaire.

PAUL

Le bonheur pour un chef de gare!... {A Suzanne.) Alors, bon courage. Vous m'excusez de ne pas vous reconduire?

SUZANNE Comment donc!

{Ils sortent par le fond.)

PAUL, DASPRE. puh LA JOLIE

PAUL, vivement à Daspre Vite!... vous avez fait ma commission à M"* Ciriette?

DASPRE, confidentiel Oui.

PAUL

Vous lui avez bien dit que je l'attendais ici aujourd'hui et qu'il était indispensable que je la voie pour que nous en finissions?

DASPRE Oui.

PAUL

Oh! je me conduirai galamment. Je suis décidé à mettre tous les torts de mon côté : Manette, la fugue, le duel. A ce propos, vous avez laissé entendre à M"" Ciriette que j'étais... (// agile son doigt.) assez grièvement blessé?

DASPRE

Oui; mais comme je n'ai pas pu m'empêcher de rire, elle ne m'a pas cru. Seulement, rassurez-vous, elle viendra tout de même.

PAUL

Ah! — Que je vous remercie encore, mon cher Daspre. Vous avez été charmant... Accepter d'être mon témoin !

DASPRE

Voyons, c'était tout naturel.

Il est vrai que vous ne pouviez pas assister votre neveu.

DASPRE

Je me serais évanoui.

PAUL

Hein! Vous devez être fier? Il a été crâne et... heureux, lui !

DASPRE Certes.

PAUL

Est-ce qu'on a un peu parlé de la rencontre?

DASPRE, tirant des journaux Je crois bien. Tenez, voici votre presse; on n'a mis que vos initiales; mais, rassurez-vous, elles sont transparentes.

PAUL P. L. ; c'est moi?

DASPRE P. L. ; c'est vous.

PAUL, lisant Parfait!... Parfait!...

LA JOLIE, entrant

M'sieu, v'ià riait!... et la crème!... et l'pain! et l'beurre!... des poires! des pommes!... tout not' verger!

DASPRE, la lorgnant Elle est gentille !

PAUL, sans se retourner C'est bien... laisse-nous!

LA JOLIE, ronchonnant

Déjà! oh! J'aime point ça! {S' approchant de Daspre.) Dites donc, vous, Tvieux, il est malade; faut pas l'absorber à ce point-là.

PAUL, lapant du pied

Veux-tu te sauver ! {La Jolie remonte. . . Caiement, en repliant les journaux.) Allons! allons! tout va bien.

DASPRE, bizarre Tout va bien.

PAUL

Alors, pourquoi faites- vous cette tête-là?

DASPRE Quelle tête?

PAUL La vôtre.

DASPRE, avec un soupir

Mais parce que... Voyez-vous, mon cher Lorbey, je suis bien content d'avoir fait votre connaissance; vous êtes un garçon très sympathique; mais votre retour a fauché bien des esj)érances, anéanti bien des projets.

PAUL Conunent cela?

DASPRE

Si vous n'étiez pas revenu, je crois bien que ça y était. Tandis que maintenant tout est à recommencer.

Qu'est-ce qui y était? Qu'est-ce qui est à recommencer?

DASPRE

J'avais tout combiné. Vous divorciez. Octave — mon neveu — épousait votre femme; je vivais bien douillettement entre eux et la divine M"" Ciriette, p>our qui j'ai toujours eu un grand faible,

PAUL, lui tendant la main Touchez là.

DASPRE, la serrant Comme je vous comprends! Nous menions tous les quatre une existence paradisiaque. Hélas! je suis Perrette; le pot-au-feu rêvé était un pot au lait.

PAUL Dasprr, je ne comfircnds pas voire mélancolie. Qu'estce qu'il y a de changé?

DASPRE

Vous êtes revenu. Vous vous êtes battu... pour votre femme. C'est donc que vous l'aimez.

Mais non!

PAUL

Mais si!

DASPRE PAUL

Sacrebleu ! . . .

elle.

D'abord, je ne me suis pas battu

pour

Allons donc!

DASPRE

Mais non!

PAUL DASPRE

Mais si!... et

comme personne ne s'y est trompé.

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