SCÈNE II PIERRE GROSSMULLER, JEANNE, JENNY
GROSSMULLER, s'asscy^anl.
Elle est ravissante, la propriété de Gardan. Ah! on voit que la maison Bourneron et Gardan n'a pas eu trop
à couffrir du malaise général des affaires. Pendant qu'ici vous tuez le veau gras tous les eins, nous, nous devons nous contenter de vaches maigres. Et elles maigrissent encore chaque année, les bougresses.
PIERRE
C est un mauvais moment à passer et qui passera. Nous, en effet, nous n'avons pas à nous plaindre. Nous n'avons qu'à laisser aller les choses pour qu'elles aillent bien. Mais ça ne nous empêche pas d'avoir de gros ennuis.
JEANNE, à Jennv.
Ah! oui, au sujet de papa! Ta lettre nous a mis au courant. Alors sa liaison avec cette Mme Béricux dure toujours?
PIERRE
Plus que jamais. Papa s'est recréé avec elle une "véritable existence. Elle l'a déjà presque complètement détaché de nous. Un jour ou l'autre, ça tournera mal, fatalement. A l'âge de papa... une bêtise est vite commise.
GROSSMULLER, un pcu épais.
A tous les âges.
PIERRE
Et je ne sais pai ce que je donnerais pour l'en empêcher.
JEANNE
Oui, mais comment?
PIERRE
Ah! voilà. Ce n'est pas commode. Cependant," en cherchant bien... Je voudrais commencer par les séparer d'abord. Après, je m'arrangerais.
JEANNE Tu as une idée de derrière la tête?
PIERRE Peut-être, mais je ne veux pas en parler encore.
JENNY, regardant du côté de la véranda. Chut! Voici Emilienne.
JEANNE Est-ce qu'elle est au courant?
PIERRE Vaguement; mais, elle, tout ce que fait papa!
JEANNE
Ça dépend. Elle a pour papa, tu le sais, une affection, exclusive, jalouse, et je ne serais pas étonnée... Si elle savait la vérité vraie sur cette liaison, elle prendrait peut-être les choses moins à la légère.
PIERRE Tiens! c'est juste. Je n'avais pas pensé à ça.