FLAVIGNY. ÉMILIENNE
FLAVIGNY. à mi-voix
J'attendais ce moment avec quelle impatience! Je l'ai. Ma chérie, je vous adore, je t'adore.
ÉMILIENNE. même jeu
Tais-toi; nous n'avons qu'une mmute à nous. Vile, j'ai à te dire des choses très importantes,
FLAVIGNY Tu m'inquiètes.
ÉMILIENNE
Je vais être forcée de partir, de quitter Paris pondant quelque temps.
FLAVIGNY, ncn'cux
Quelque temps?
ÉMILIENNE Trois semaines au plus.
FLAVIGNY, avec humeur
Au plus! Tu en as de bonnes! Et où vas-tu, s'il te plaît?
En Alsace. Il faut que j'accompagne ma soeur et papa à Ribcauvillé!
FLAVIGNY Pourquoi faut-il?
ÉMILIENNE
Je t'expliquerai. Il va même falloir que tu me conseilles ce déplacement pour ma santé.
FLAVIGNY Mais jamais de la vie. Je m'y oppose.
ÉMILIENNE
Je t'en prie. Il le faut. Je te demande cela comme un service.
FLAVIGNY, douloureusement Et moi?
ÉMILIENNE
Tu m'aimes as?ez pour patienter, n'est-ce pas?
FLA\'IGNY Je t'aime asse^ pour mourir d'impatience.
ÉMILIENNE Mon chéri!
FLAVIGNY
Qu'est-ce que c'est que toutes ces complications? Hier, il n'était question de rien... Aujourd'hui...
Je t'expliquerai.
FLAVIGNY, avec colère Oh! je n'en doute pas!
ÉMILIENNE Henri!
FLAVIGNY
P.iidon! mais au-si l'idée d'être ?éparc de toi trois semaines! Non, non et non.
ÉMILIENNE
Tu viendras me voir une fois ou deux, comme ami et comme médecin... Et puis, on tâchera de se voir aussi... mieux. Je ferai l'impossible, je te le promets. Allons! sois raisonnable, sois courageux. Ne t'emporte pas; obéis-moi sans comprendre. Tu le peux, va! Si tu savais comme je t'aime!
FLAVIGNY, avec humeur
Je m'en aperçois!
ÉMILIENNE, 1res tendrement Méchant!
FLAVIGNY
Méchant! moi! C'est admirable! C'est moi sans doute qui pars brusquement pour des villégiatures ineptes; c'est moi qui n'ai jamais que des minutes de trente secondes et des heures de douze minutes à te donner; c'est moi qui ne suis pas libre ; qui ne dispose pas de moi ; qui t'énerve tous les jours dans des attentes odieuses ; qui te fais p>erdre dans l'impatience de me voir et l'affolement de ne pas me voir, les plus belles années de ta jeunesse! C'est moi enfin qui n'ai pas le courage de quitter un mari que je n'aime pas pour vivre librement et loyalement avec l'homme que j'aime!
Tais-toi, je t'en prie, je sais tout cela aussi bien que toi, mieux que toi, hélas! et, si ça peut te consoler, dis-toi que j'en souffre autant que toi, sinon plus.
FLAVIGNY
Ça ne me console pas. D'ailleurs, tu me connais, j'ai horreur de récriminer. Je t'aime. Cela suffit. Cela veut dire que je suis prêt à tout accepter, à me résigner à tout. Il arrivera ce qu'il arrivera. J'attendrai. Je t'attendrai;
et si j'attends en vain, j'aurai attendu en vain; mais, une autre fois, tu feras attention avant de me reprocher ma méchanceté.
ÉMILIENNE
Alors, c'est moi qui suis méchante?
FLAVIGNY
Ni toi, ni moi, c'est la vie, ce sont les autres.. Un surtout. Oui, ton frère. Je ne sais pas pourquoi, je me méfie. Rst-ce que, par hasard, ce ne serait pas lui qui aurait imaginé toute cette comédie à seule fin de nous séparer?
ÉMILIENNE Non. Il a des raisons sérieuses de me pousser à partir, mais elles ne nous concernent pas.
FLAVIGNY Tu en es sCire?
ÉMILIENNE Certaine.
FLAVIGNY
C'est que... il .1 des façons avec moi qui me font penser qu'il est au courant de tout.