‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 65 sur 194 · FLAVIGNY. ÉMILIENNE · texte numérisé non relu

FLAVIGNY. ÉMILIENNE

FLAVIGNY. à mi-voix

J'attendais ce moment avec quelle impatience! Je l'ai. Ma chérie, je vous adore, je t'adore.

ÉMILIENNE. même jeu

Tais-toi; nous n'avons qu'une mmute à nous. Vile, j'ai à te dire des choses très importantes,

FLAVIGNY Tu m'inquiètes.

ÉMILIENNE

Je vais être forcée de partir, de quitter Paris pondant quelque temps.

FLAVIGNY, ncn'cux

Quelque temps?

ÉMILIENNE Trois semaines au plus.

FLAVIGNY, avec humeur

Au plus! Tu en as de bonnes! Et où vas-tu, s'il te plaît?

En Alsace. Il faut que j'accompagne ma soeur et papa à Ribcauvillé!

FLAVIGNY Pourquoi faut-il?

ÉMILIENNE

Je t'expliquerai. Il va même falloir que tu me conseilles ce déplacement pour ma santé.

FLAVIGNY Mais jamais de la vie. Je m'y oppose.

ÉMILIENNE

Je t'en prie. Il le faut. Je te demande cela comme un service.

FLAVIGNY, douloureusement Et moi?

ÉMILIENNE

Tu m'aimes as?ez pour patienter, n'est-ce pas?

FLA\'IGNY Je t'aime asse^ pour mourir d'impatience.

ÉMILIENNE Mon chéri!

FLAVIGNY

Qu'est-ce que c'est que toutes ces complications? Hier, il n'était question de rien... Aujourd'hui...

Je t'expliquerai.

FLAVIGNY, avec colère Oh! je n'en doute pas!

ÉMILIENNE Henri!

FLAVIGNY

P.iidon! mais au-si l'idée d'être ?éparc de toi trois semaines! Non, non et non.

ÉMILIENNE

Tu viendras me voir une fois ou deux, comme ami et comme médecin... Et puis, on tâchera de se voir aussi... mieux. Je ferai l'impossible, je te le promets. Allons! sois raisonnable, sois courageux. Ne t'emporte pas; obéis-moi sans comprendre. Tu le peux, va! Si tu savais comme je t'aime!

FLAVIGNY, avec humeur

Je m'en aperçois!

ÉMILIENNE, 1res tendrement Méchant!

FLAVIGNY

Méchant! moi! C'est admirable! C'est moi sans doute qui pars brusquement pour des villégiatures ineptes; c'est moi qui n'ai jamais que des minutes de trente secondes et des heures de douze minutes à te donner; c'est moi qui ne suis pas libre ; qui ne dispose pas de moi ; qui t'énerve tous les jours dans des attentes odieuses ; qui te fais p>erdre dans l'impatience de me voir et l'affolement de ne pas me voir, les plus belles années de ta jeunesse! C'est moi enfin qui n'ai pas le courage de quitter un mari que je n'aime pas pour vivre librement et loyalement avec l'homme que j'aime!

Tais-toi, je t'en prie, je sais tout cela aussi bien que toi, mieux que toi, hélas! et, si ça peut te consoler, dis-toi que j'en souffre autant que toi, sinon plus.

FLAVIGNY

Ça ne me console pas. D'ailleurs, tu me connais, j'ai horreur de récriminer. Je t'aime. Cela suffit. Cela veut dire que je suis prêt à tout accepter, à me résigner à tout. Il arrivera ce qu'il arrivera. J'attendrai. Je t'attendrai;

et si j'attends en vain, j'aurai attendu en vain; mais, une autre fois, tu feras attention avant de me reprocher ma méchanceté.

ÉMILIENNE

Alors, c'est moi qui suis méchante?

FLAVIGNY

Ni toi, ni moi, c'est la vie, ce sont les autres.. Un surtout. Oui, ton frère. Je ne sais pas pourquoi, je me méfie. Rst-ce que, par hasard, ce ne serait pas lui qui aurait imaginé toute cette comédie à seule fin de nous séparer?

ÉMILIENNE Non. Il a des raisons sérieuses de me pousser à partir, mais elles ne nous concernent pas.

FLAVIGNY Tu en es sCire?

ÉMILIENNE Certaine.

FLAVIGNY

C'est que... il .1 des façons avec moi qui me font penser qu'il est au courant de tout.

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