SCÈNE PREMIÈRE BOURNERON. LOUIS
BOURNERON, étendu sur le divan
F*asse-moi la glace. (// se regarde) Tu ne me trouves pas mauvaise mine?
LOUIS
Mais non, monsieur se fait des idées. Monsieur a sa mine de tous les jours.
BOURNERON
Oui, oui. Tu ne me diras pas la vérité, mais je me vois. J'ai terriblement vieilli depuis trois semaines. Ça a commencé là-bas en Alsace, et ces quinze jours de Paris n'ont pas été pour me remettre. Ah! mon pauvre Louis, ce qu'on est bête à mon âge!
LOUIS Que monsieur se console! On est bête à tous les âges.
Ça ne me console pas. Je commence à prendre mon appartement en grippe. II faudra que je déménage.
LOUIS Tant pis! Moi, je commençais à m'y faire.
BOURNERON Je ne peux plus m'y voir. Il me rappelle trop de souvenirs, les moments délicieux que j'ai passés ici, dans ce même salon, à notre retour d'Italie; ce déjeuner que tu nous as servi parmi les malles, l'omelette, le cresson, les fraises... Non, c'est trop douloureux, je m'en irai.
LOUIS Que monsieur me permette de lui dire. Ça n'a pas le sens commun de se bouleverser pour de pareilles fadaises. Cette dame était très gentille, certainement, mais monsieur en retrouvera certainement dix autres qui la vaudront.
BOURNERON Faut croire que non, mon pauvre Louis. (On sorme.) Allons, va ouvrir; ce doit être ma fille. Tu la feras entrer tout de suite.