SCÈNE II
BOURNERON. ÈMILIENNE
ÉMILIENNE, après l'avoir embrassé Comment ça va, aujourd'hui?
BOURNERON Comme hier, c'est-à-dire mal.
L'ENFANT CHERiE 355
ÉMILIENNE Tu ne penses qu'à elle?
Elle ne me laisse pas un instant de répit. Elle est tout le tennps là en moi, et jamais là, près de moi. C'est un supplice continu... Je m'endors en pensant à elle; je rêve d'elle. Et l'on dit que les absents ont tort! Les absents ont une puissance mystérieuse ; ils envoûtent ceux qui les aiment. Ah! ma pauvre Mily, je te demande pardon de te donner tous ces soucis et de t'infliger un spectacle aussi pitoyable; heureusement, je ne te l'imposerai plus bien longtemps.
ÉMILIENNE vivement
Osi» un peu répéter cette infamie-là! Tiens, ce que tu viens de me dire est si vilain, si honteux que, pour te punir, je ne devrais pas te faire part d'une nouvelle, d'une bonne nouvelle, que je viens d'apprendre.
BOURNERON, très vite On sait où elle est?
ÉMILIENNE
Tout de suite, là, tu pars, tu t'emballes! C'est à te cacher les choses comme aux enfants. Si tu as ensuite une déception, tu souffriras davantage, n'est-ce pas?
BOURNERON Dis-moi ce que tu sais, vite, je t'en prie.
ÉMILIENNE
Eh bien, Henri est passé ce matin à Saint-Germain. Il venait de recevoir d'une agence un renseignement qui paraissait sérieux. On signalait la présence de Mme
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Bérieux à Valvins, près de Fontainebleau. II est aussitôt parti là-bas en auto, aux nouvelles. Dès qu'il saura quelque chose, il reviendra ici à toute vitesse. Là, es-^u content?
Oui, assez. Mais nous avons été déjà si souvent déçus.
ÉMILIENNE
Eh! Ça n'est pas conunode de retrouver quelqu'un qui se cache. Demande aux policiers.
BOURNERON
En tout cas, merci et de tout cœur. Henri et toi, vous me donnez depuis huit jours les preuves les plus touchantes d'affection. Ah! si je ne vous avais pas eus, où serais-je maintenant? {Geste d^Emilienne.) Oui, je sais, je te fais de la peine, mais que veux-tu? J'ai eu du courage dans la vie tant qu'il s'est agi de lutter contre les autres; je l'ai usé sans doute, car je n'en ai plus maintenant pour lutter contre moi.
ÉMILIENNE
Tu as été trop gâté, voilà tout. Tout le monde a toujours été trop gentil pour toi. Alors, à la première contrariété...
BOURNERON, aVec un sourire mélancolique Tu appelles ça une contrariété?
ÉMILIENNE Mettons au premier chagrin, plus personne.
BOURNERON
Tu verrai qu'Henri aura encore fait du cheram mutle et suivi une fausse piste. C'est couru.
ÉMILIENNE
Mais non! Cette fois, je t'assure, il y a de bonnes chcinces... Voyons, il est parti ce matin à dix heures; il en est trois et demie. Il pourrait être déjà de retour.
Tu vois!
ÉMILIENNE
C'est bon signe, au contraire.
BOURNERON, ai^ec espoir Ah! tu trouves?
ÉMILIENNE
C'est évident. Réfléchis. {On sonne.) Non, ne réfléchis pas. Inutile. Ce doit être lui.