‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 83 sur 194 · SCÈNE VI MADELEINE seule, puis BOURNERON · texte numérisé non relu

SCÈNE VI MADELEINE seule, puis BOURNERON

BOURNERON, très ému Madeleine!

MADELEINE Mon ami!

BOURNERON

Ejïfin, je vous revois. J'ai bien cru... Ah! que j'ai eu de la p>eine! Asseyez-vous. Vous êtes très gentille d'être venue... J'avais si p>eur... Je ne vous suis donc pas tout à fait indifférent?

MADELEINE Ne dites pas cela! J'ai pour vous, vous le savez, une grande tendresse et je souffre du chagrin que je vous ai fait. Car je sais que vous avez eu beaucoup de chagrin.

BOURNERON Oui, beaucoup. Je ne pouvais pas m'habituer à l'idée que je ne vous verrais plus. Je ne pouvais pas. Mais, maintenant, vous n'allez pas vous sauver, n'est-ce pas? Ce ne serait pas bien; je n'y résisterais pas, je vous jure.

MADELEINE Je vous promets que vous me verrez souvent.

366 L'ENFANT CHflRlE

BOURNERON, aOec inquiétude Aussi souvent qu'autrefois?

MADELEINE, légère hésitation Presque.

BOURNERON

Enfin, très souvent. Il le faut, ma petite Madeleine. Aujourd'hui, je ne peux pas vous parler comme je voudrais; je suis trop ému; mais demain, voulez-vous? revenez demain. Je vous dirai tout ce que j'ai là en moi et qui ne sort pas aujourd'hui.

MADELEINE, hésitant Demain?...

BOURNERON

Oui. Je sais... on m'a appris... il faudra que, bien des fois, je me résigne à vous voir... mal. Eh bien, je m'y résignerai; je serai courageux; mais, aujourd'hui, ça ne compte pas, n'est-ce pas? Aussi, demain, je veux vous voir longuement, avoir avec vous une grande, grande, après-midi, seul à seule. Vous voulez bien?

MADELEINE, hésitant Oui.

BOURNERON

Merci. — Ah! Je vous prierai de m'apporter votre photographie. Vous me ferez un grand plaisir.

MADELEINE, souriant Mais je vous l'ai déjà donnée.

BOURNERON Oui, ça ne fait rien.

MADELEINE Vous l'avez égarée?

BOURNERON

Oui, non... je vais vous dire la vérité. {Tirant des morceaux de sa poche.) La voici! je l'ai déchirée quand j'ai reçu votre lettre. J'étais très en colère; ça a été plus fort que moi. Vous me pardonnez?

MADELEINE, baissant les J;eux Ce n'est pas à moi de vous pardonner.

BOURNERON, après s'être retourné

Nous sommes seuls. Je vous en prie, laissez-moi vous embrasser.

MADELEINE

Avec joie, mon pauvre grand ami! (// veut lui baiser les lèvres. Instinctivement elle se détourne et lui tend la joue quil baise en pleurant.)

BOURNERON

Ah! Madeleine! Ce n'est plus du tout comme avant, et pK)urtant je suis bien heureux, oui, bien heureux!

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