SCÈNE III Les mêmes. FRANÇOIS, puis DES BORNETTE
FRANÇOIS
Madame, c'est M. le vicomte des Bornettes.
SAZY Priez-le d'entrer.
SANTIERNE, tendant le plateau à François Tenez, François.
FRANÇOIS, protestant
Mais, monsieur...
Un peu plus vite, je vous prie.
FRANÇOIS, même jeu C'est que...
SANTIERNE, nc/l'CUX
Pas un mot, n'est-ce pas? (François finit par prendre le plateau et sort. -— Sazy rit,) Oui, oui, tu es gentille!
Entre des Bornettes.
DES BORNETTES, très empressé Alors, vraiment vous êtes souffrante, chère?
SAZY Vous ne le croyiez pas?
DES BORNETTES Dame! Il y a tant de maladies diplomatiques.
Les deux hommes se dévisagent sans enthousiasme.
SAZY, le remarquant
Ah! c est vrai, vous ne vous connaissez pas encore; M. Santierne, un vieil ami que j'ai installé, auprès de moi, depuis votre départ, en qualité d'homme de compagnie.
DES BORNETTES, à part Ah bah!
SAZY, présentant
M. des B omettes.
SANTIERNE Monsieur!
DK« iORNETTfi», froid Monsicttrî
Mon petit des Bornettes vous devez être fatigué... vous avez beaucoup couru, depuis huit jours; donnezvous donc la peine de vous asseoir.
DES BORNETTES, s'asseyant
Ça n*est pas de refus... je suis esquinté; je suis arrivé dans la nuit, vous savez, tard dans la nuit, presque au petit jour.
SAZY
Personne ne vous y forçait.
DES BORNETTES J'étais impatient de vous revoir.
SAZY
Au pelit lever. Ah! des Bornettes, l'amour est impitoyable.
DES BORNETTES
Tu parles! (5e reprenant.) Vous parlez! — Le directeur du pensionnat de Margate était absent et je n'ai pu causer avec lui qu'hier matin. Enfin tout est terminé, réglé comme vous le désiriez. Etes-vous contente?
SAZY
Enchantée... enchantée de vous, mon petit; vous mûrissez pour la récompense honnête.
DES BORNETTES Honnête, parbleu ! toujours !
Ça ne va donc pas comme vous voulez.?
DES BORNETTES Comme je veux!
SAZY Comment! Vous n'êtes pas ravi que je vous aie choisi pour cette mission de confiance?
DES BORNETTES Si, si, bien entendu.
SAZY Enfin, vous revenez comme vous êtes parti, maugréant ronchonnant, insupportable...
DES BORNETTES
Non, mais...
SAZY
Taisez-vous, malheureux, vous allez gâter vos affaires. Je me sentais pleine de dispositions délicieuses pour vous; vrai, ma parole, j'allais peut-être... Va te faire fiche! Avec vous, c'est tout de suite couru; vous excellez à guérir les gens de la reconnaissance; vous les contraignez à l'ingratitude; des Bornettes, vous n'êtes et ne serez jamais qu'un maladroit!
DES BORNETTES, amer Merci!
SAZY
Il n'y a pas de quoi. (A Saniierne.) Riquet.
DES BORNETTES, à part Riquet!
SAZY Toi qui me connais depuis des années, tu devrais persuader à mon jeune ami, le vicomte des Bornettes, qu*il se fait le plus grand tort avec sa sempiternelle manie de rfccrirainer à propos de tout, de rien et d'autre chose. Ma parole, il finirait pas faire sortir de son sacré caractèr* sainte Placide elle-même.
SANTIERNE, aimable et narquois
Monsieur le vicomte, je suis à votre disposition pour les renseignements de tout ordre que vous désirerez obtenir, et cela quand il vous plaira.
DES BORNETTES, froid
Vous êtes trop aimable, cher monsieur... (Bas, à Sazy.) Est-ce qu'il ne va pas bientôt ficher le camp, l'homme de compagnie?
SAZY, même jeu
Ne le souhaitez pas trop, cher ami, puisqu'il faudra que vous vous en alliez ensemble.
DES BORNETTES Ensemble !
SAZY
Dame, vous ne supposez pas que je vais vous garder seul avec moi dans ma chambre, pendant que je suis au lit.
DES BORNETTES Cependant...
SAZY
Vous êtes revenu très tard dans la nuit, des B omettes, au petit jour, je crois; vous devriez rentrer vous reposer.
DES BORNETTES, amer
Me coucher!...
Pourquoi pas?
DES BORNETTES, entre ses dénis Bourrellel
SAZY Vous dîtes?
DES BORNETTES Je dis bourrelle, femelle de bourreau.
SAZY, r imitant Na!
Elle lui tire la langue.