SANTIERNE. FANNY
Au lever du rideau, Santierne rôde dans le salon. Il examine des photographies, manie des bibelots, s'assied, etc. Entre Fann}) Talloire, venant de r appartement.
SANTIERNE, 5C retournant Fanny, la bonne surprise!
FANNY
Vous, Santierne! Ah par exemple! Je venais voir Sazy; vous aussi probablement; vous Fattendez? Moi je file.
SANTIERNE
Laîssez-moî vous embrasser d'abord, Fanny; ça me fera plaisir et j'espère que ça ne vous déplaira pas trop.
FANNY
Comment donc! mon cher Santîerne... Passez-en votre envie.
Il Vemhrasse.
SANTIERNE, Vexammani
Toujours jolie, la petite Fanny, toujours appétissante. Toujours heureuse?
FANNY
Toujours? Dites donc! Voulez-vous être poli; il n'y a pas si longtemps que je suis tout cela. Et puis, voyez-vous, Santierne, le grand truc pour être heureux, c'est de ne faire aucun effort pour l'être. Laisser les choses aller leur petit train-train de marchandises et prendre son parti de tout... même des déraillements.
SANTIERNE
Topez là, Fanny; c'est toute ma philosophie et c'est la bonne.
FANNY, s*assc^'ant
Ahl ça, dîtes-moi un peu, vous, qu'est-ce que vous êtes devenu depuis que Ton ne vous a vu? Qu'est-ce que vous avez fait?
SANTIERNE
J'ai fini de me ruiner.
FANNY
C'est quelque chose. D'ailleurs, ça ne m'étonne pas. Votre philosophie sentait la dèche. Mais il y a purée et purée. Qu'est-ce que vous appelez ruiné, vous?
LES AMANTS ^E SAZY
SANTIERNE
J*appellc ruiné, moi, un individu qui, comme moi, a eu soixante milie livres de rentes, qui les a mangées jusqu'à îa dernière et qui a sur lui pour tout potage (Comptant) exactement dix-sept francs quarante-cinq, débris du dernier louis dont il a tapé un ami, c'est-àdire enfin un monsieur qui n'est pas très sûr de dîner après'demain, sinon demain, voilà.
FANNY
Mon pauvre Santierne, vous en êtes là>
SANTIERNE
Là m.ême. Et, voyez comme j'ai bon caractère, ça ne m*attriste pas autrement.
FANNY
Mais qu'est-ce que vous allez faire pour sortir d'une pareille débine?
Je ne m'en doute pas. Vous n'auriez pas une idée sur vous, par hasard? J'en cherche une. Je suis venu demander conseil à Sazy, à ma vfeille amie Zizi; c'est une femme de sens : elle me tirera peut-être de la crotie. (Plus kcs.) Entre nous, si j'en suis où j'en suis, c'est en très grande partie à elle que je le dois.
FANNY
Parbleu! Je connais les fringales de Sazy. En ce moment, tenez, elle coûte les yeux de la tête au nommé Gorgeron, gros industriel retiré des affaires et dont la «oixantaine est fort élégiaque.
SANTIERNE, après un temps En outre?
FANm' Comment, t-n outre?
SANTIERNE
Oui, à côté du Gorgeron.,. eu plus, 5.i vous voulez, qui a-t-elle>
FANNY
Vom êtes bien ir discret.
SANTIERNE, suppliant Voyons !
FANNY
Ohl vous serez bien avancé quand vous saurez qu'un fils de famille nommé Jacques des Bornettes en pince considérablement pour Sazy et lui fait depuis un an une cour obsédante.
A la bonne heure! Je retrouve ma Sazy; pour elle ?a table de Pythagore, appliquée à Tobjet homme, commence au nombre deux quelquefois, presque toujours au nombre trois.
FANNY
Et allez donc! Vous avez d'elle, on peut le dire, une opinion d'ancien arni.
SANTIERNE, rectifiant
D'ancien amant! Je sais ce qu'elle me coûte.
FANNY
Surtout ne me faites pas dire qu'elle marche avec ce des Bornettes.
SANTIERNE
Ohl non! Si ce n'est pas absolument nécessaire, elle aime autant s'en abstenir; d'autant qu'on ne tient guère
les hommes qu'en les faisant jeûner. Je connais Saz}'; excellente fille, très spontanée, très vive, très bonne et pire; elle a le cœur sur la main, mais elle a la main leste; c'est un être charmant, déplorable et délicieusement inconséquent. N'oubliez pas que je l'ai adorée. Je ne l'aurais même jamais quittée si... (// sort son portefeuillet qui est d'une platitude désolante.) Voilà ce qu'elle en a fait... une limande. — Ecoutez, Fanny, vous n'êtes vraiment pas chic avec moi; j'arrive de Biarritz; je suis un pauvre type, qui ne sait rien de rien et vous me faites des cachotteries; ça n'est pas gentil.
FANNY
Des cachotteries?
SANTÎERME
Evidemment. îl y a au moins un tiers de la vérité que vous escamotez; vous avouez le trésorier régnant, Gorgeron, le présomptif des Bornettes... eh bien, et le troisième!^
FAN^^^ €£\)ec une ingénuité feinte
D y a donc ud troisième >
SANTÏER.NE
V^oyons, le gigolo, l'amant dit de cœur... par politesse?
FANNY
Ahi pour celij[i=là, mon cher, s'il existe...
SANTÎERNE, positif li existe,
FANNY
Cest possible, mais je n'en sais riea,