SCENE Vllî
Les mêmes. FRANÇOIS, puis SANTIERNE et DES BORNETTES
SAZY
François, priez ces messieurs de venir nous rejoindre ici. Veux-tu goûter, Jack?
JACK, gaminant Mai* voui, tout d même!
// ss lève et va rôder dans la chambre.
SAZY. ^ François
François, du malaga et deô biscuits. (François sort.) Vou? prendrez bien quelque cbose, ma mère 7
MADAME SALANZY Merci, rien.
SAZY
A votre aise. Dites-moi, c'est vous qui conduirez ce
petit en Angleterre?
MADAME SALANZY
Sans doute.
SAZY
Et après, vous reviendrez ici?
MADAME SALANZY
Quand je quitterai Paris, nous nous dirons probalih-'ment adieu pour la dernière fois.
JACK, violemment. Il a entendu la dernière phrase
Alors, quoi! je n'verrai plus Zizi, moi? Mais j'vcux pa?! i'veux pas!
SAZY
Ne crains rien, mon chéri, j'aviserai; d'abord j'irai te voir à Margate; et après, compte sur ta Zizi.
Entrent des B or nettes et Santiernc.
JACK, bas à Saz}) Lequel est-ce? dis?
SAZY
Le plus petit. — Ma mère, je vous présente deux de mes amis, M. Santierne. M. des Bornettes. Peut-être vous rappelez-vous M. Santierne; vous avez dû le voir autrefois che^r moi.
NL^AME SALANZY, sèchement
Je ryç rne rappelle pas.
SAZY
Qa&rit à M. des Sornettes, c'est lui qui a bien voulu se charger de placer Jack en Angleterre.
MADAME SALANZY, très aimable
Monsieur, je vous remercie c!e tout ce que vous avez bien voulu faire pour cet enfant qui, comn:e moi, vous ea est profondément reconnaissant, croyez-le bien.
DES BORNETTES. s'incUnaTlt Madame, vous m.e comblez.
MADAME SALANZY
N'est-ce pas, Jack? (Il ne répond pas.) Eh bien! voyons! dites à monsieur combien vous lui savez gré de ce qu'il a fait pour vous.
JACK, éclatant
Gré! ah! il est joli, le gré! Un bahut en Angleterre! Non vrai ! Il avait bien besoin d's'occuper d'ça, c'type-là.
MADAME SALANZY, effarée
Jack, Jack, mauvais sujet, voulez-vous vous taire! Monsieur, croyez que je suis confuse de ce qui arrive...
DES BORNETTES, ta rassurant
Mais, de rien, madame, de rien! aucune importance !
C'est un enfant... Il ne pense pas le plus petit mot de ce qu*il dit là.
JACK, se montant jusqaà éclater en sanglots
Je n'penss pas ce que j'dis là? JVous déteste, vous, vous er.tcndez, j'vcus détecte et vous m'paierez ça pour sûr! Qu'est-ce que j'vous avais fait à Vous, type, pour me jouer ce sale tour-là?
MADAME SALANZY Jack! mauvais garnement! Vous verrez! vous verrez!
JACK, continuant
Qu'est-ce que vous diriez, dites voir un peu, vous, si j'vous faisais enfermer dans une pension en Chine?
MADAME SALANZY Jack! Petite peste! gale!...
JACK, même jeu
Mais vous savez, vous vous êtes tous fourré le doigt dans i'œil! j'irai pas, j'irai pas! Tenez, v'ià pour vous, je vous dois bien ça, sale type! sale individu!
// donne des coups de pied à des Bornettes.
DES BORNETTES C'est complet!
Très embêté, il pare comme il peut. Saniierne prend Jack à bras-le-corps.
MADAME SALANZY, presque en s\)ncope Ah! mon Dieu! Ah! mon Dieu!
Elle se laisse tomber sur un fauteuil.
Santieme! apporte-le moi, ce pauvre cbéri, que je le console.
Santicrne couche Jack ^^^ l^ ^''- Saz}} le berce. François entre avec le goûter.
François, approchez cette table et posez ce plateau dessus.
MADAME SALANZY, à des Bornettes
S'il avait de la religion, il ne se conduirait pas ainsi.
DES BORNETTES
Ah! comme vous avez raison, madame!
SAZY
Il a une crise de nerfs, «la parole... Santierne, mes
sels... .
SANTIERNE, hs prenant sur la table de nuit Voilà!
SAZY, embrassant JacJç
Allons, Jack! calme-toi. Voyons, veux-tu être sage à la fin!
JACK, pleurant
J'veux pa? aller en Angleterre, j'veux pas. j'veux pas!
SAZY C'est bien mon chéri, tu n'iras pas.
MADAME SALANZY. intervenant Comment! il n'ira pas!
SAZY
Si ce pauvre petit doit attraper là-bas une maJadi* noire!
MADAME SALANZY
Il ^'attrapera U-bas aucune espèce de naaladie. En
voilà une façon d'élever les enfants! Il a du chagrin en ce moment; mais un chagrin d'enfant, on sait ce que c'est.
JACK, redoublant Ah! ah! ah!
SAZY, à sa mère
C'est ce qui vous trompe, ma mère, on ne sait pas ce que c'est. Un chagrin d'enfant, mais il n'y a pas de désespoir de grande personne qui ait cette violence! Je me rappelle bien, allez, quand j'étais petite... Là, mon gros... là! {FJle le cajole.) Fini! hein?
JACK J'veux pas... j'veux pas...
SAZY
Mais puisque lu n'iras pas; je te promets que tu n'ira? pa?.. Tiens, prends un biscuit; ça te remettra.
MADAME SALANZY, se levant
Dépêchez-vou3, que nous nous en allions! Vous ennuyez tout le monde.
JACK, à Santierne, la bouche pleine
J'ennui'? tout le nionde? C'est viaî que j'vous ennuie, vous, qu'ave? l'air bon zig?
.SANTIERNE, souriant
Mais non, mon petit ami. mais non. au contraire!
JACK, à Saz)f
Et toi? je t'ennuie, dis, Sazy?
SAZY Tu es bctel
JAGK Alors, qu'est-ce qu'elle dit, snamftn?
MADAME 5ALAN2Y, montrant des Borneiies
Je dis que je suis honteuse de vous, que vous devriez demander pardon à monsieur de la façon scandaleuse dont vous vous êtes conduit à son égard, que je suis très, très, très fâchée contre vous...
JACK, à sa mère, câlin
Ecoute, maman, j'veux bien lui demander pardon, si tu m'jures que j'n'irai pas là-bas.
MADAME SALANZY Il a été décidé que vous irez, vous irez.
JACK, très ému
J'irai? (A Saz^.) Alors tu m'as menti tout à l'heure, toi?
SAZY
Non, mon chéri, non, tu n'iras pas, je te l'ai promis.
Cependant, Sazy...
SAZY
Ma mère, je regrette beaucoup de vous contrarier; mais je n'ai pas le cœur de vous aider à exiler cet enfant. Je le mettrai au lycée Carnot, tout près d'ici.
JACK, dansant Chouette !
SAZY, à sa mère
Qu'en pensez-vous?
MADAME SALANZY
Je pense d'aLoîd que tout cela n'est guère aimabU pour monsieur qui a ea la complaisance de se déi-anger...
SAZY
Ah! bien! si tu crois que je vais me gêner avec des Bornettes! Des Bornettes, vous écrirez ce soir même à la pension qu'on ne compte plus sur Jack! Ça n'est pas plus malin que ça!
JACK
Oh! que tu es gentille, Sazy! Oh! que je t'aime!
DES BORNETTES, entre ses dents
Parbleu!
JACK
Qu'est-ce qui vous demande votre avis, à vous?
DES BORNETTES, à part Ah! mais il m'embête, le lardon!
MADAME SALANZY, se levant Jack, allons-nous en.
JACK Comment! il faut s'en aller! Déjà!
MADAME SALANZY Oui et dépêchez-vous!
JACK
Quelle scie! — Au revoir, Zizi; alors, à bientôt, tu sais, et je te remercie et je n'oublierai jamais combien tu as été gentille pour moi aujourd'hui et je te revaudrai ça un jour, pour sûr. (A Santîerne.) On est des amis, dites, vous?
SANTIERNE Je crois bien.
JACK, à Jcs Borneties Allons, ]" vous pardonne, type!
DES BORNETTES Vous êtes bien bon, éphèbe!
MADAME SALANZY, saluant Au revoir, messieurs. {Ils saluent.) Au revoir, Sazy.
SAZY
Au revoir, ma mère.
Madame Salan^y et Jaclç. gambadant, sortent.